
L’image est saisissante. Selon une information faisant le buzz dans les réseaux sociaux et attribuée à la délégation américaine qui vient de séjourner à Pékin, avant de s’envoler à bord d’Air Force One, tous les cadeaux offerts par les hôtes chinois – badges, pins, souvenirs commémoratifs – auraient été ostensiblement laissés sur le tarmac. « Aucun objet d’origine chinoise n’aurait été autorisé à monter dans l’avion », rapportent les nouvelles qu’aucun service américain officiel n’a contredit à ce jour. Téléphones personnels laissés aux États-Unis, appareils sécurisés durant tout le voyage… La méfiance était à son comble.
Mais voilà : ce même pouvoir américain, celui de Donald Trump, a été porté par une marque de fabrique dont l’origine chinoise est un secret de Polichinelle. La célèbre casquette rouge « Make America Great Again », symbole du trumpisme, icône nationale par excellence, est fabriquée… en Chine. L’ironie est vertigineuse.


Alors que le 9 avril 2025, après l’investiture de Trump, la Maison-Blanche imposait des droits de douane à hauteur de 145 % sur les importations chinoises – une mesure destinée à punir Pékin et à défendre l’industrie américaine –, une question brûlait les lèvres : les casquettes MAGA allaient-elles aussi coûter 145 % plus cher ? Et surtout : comment concilier ce rejet théâtral des « petites merveilles chinoises » en diplomatie avec la réalité économique d’une campagne électorale financée, en partie, par ces mêmes objets ?
En son temps, un médias français avait mené une enquête à Qingdao, capitale chinoise de la casquette, pour découvrir les traces des approvisionnements trumpistes pour sa campagne. Là-bas, des fabricants comme M. Wang, producteur de MAGA sur Amazon, ont vu leurs ventes exploser après la tentative d’assassinat de Trump en Pennsylvanie (13 juillet 2024). « Les ventes ce jour-là étaient incroyablement hautes », se souvient-il. Jusqu’à 10 000 dollars par jour.
Coût de fabrication : 2 à 3 dollars. Prix de vente sur Amazon : 15 dollars. Une marge confortable, mais une dépendance totale à l’outil chinois.
Car aujourd’hui, ces mêmes casquettes sont étiquetées « Fièrement fabriquées aux États-Unis » sur la boutique officielle de la Trump Organization, vendues 47 dollars. Et les droits de douane de 145 % ont gelé les commandes.
« Nos clients disent qu’ils n’auraient jamais imaginé que la Chine et l’Amérique deviendraient des ennemis », confie M. Wang, contraint de payer 1 dollar par casquette pour faire détruire ses invendus.
Le contraste est glaçant. D’un côté, une posture de rupture : aucun souvenir chinois ne monte dans l’avion présidentiel. De l’autre, une réalité industrielle : la panoplie du nationalisme américain a longtemps voyagé depuis les chaînes de Qingdao.
Alors, amour ou mépris ? Trump ne peut ni vivre avec, ni vraiment sans. Et les petites merveilles chinoises, elles, continuent de filer sous les radars, entre deux droits de douane.
Jonas Eugène Kota

