RDC : « Non au changement de la Constitution », un nouveau regroupement politique voit le jour pour défendre « l’héritage démocratique »

Alors que la République démocratique du Congo (RDC) s’enfonce dans une crise sécuritaire, sociale et économique sans précédent, un mouvement citoyen baptisé « Dynamique Non au changement de la Constitution » a officiellement lancé sa campagne jeudi à Beni. Son mot d’ordre, déjà viral sous le hashtag #BayoTshisekedi2028, résume une opposition résolue à toute révision constitutionnelle qui permettrait au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.

« C’est un acte républicain », ont martelé les initiateurs, dénonçant une manœuvre politique « opportuniste » qui détournerait l’attention des véritables urgences nationales.

À l’Est, l’état de siège, instauré il y a cinq ans au Nord-Kivu et en Ituri, n’a pas empêché les massacres de civils. Rien qu’au premier trimestre 2026, plus de 2.500 personnes ont péri, et quelque 400.000 déplacés internes errent dans des conditions indignes.

L’armée, livrée à elle-même, observe impuissante la gouvernance rebelle de l’AFC/M23 sur une partie du territoire.

Mais le malaise dépasse largement l’Est. Le mouvement épingle une quadruple déliquescence publique : enseignement rural sans bancs ni tableaux, fonctionnaires impayés depuis quatre à six mois, inflation supérieure à 20 %, et familles de soldats tombés au front abandonnées à leur sort.

« Vouloir changer la Constitution en pleine tourmente, c’est faire délibérément fi du malheur du peuple », accuse le texte de lancement.

Pour la Dynamique, le timing ne doit rien au hasard. Arrivé à son dernier mandat autorisé par la Constitution, Félix Tshisekedi verrait ses proches – au gouvernement comme au sein de la majorité parlementaire – multiplier les déclarations en faveur d’un changement de la loi fondamentale. « À qui profiterait ce changement ? À un seul homme et à sa famille politique, ceux qui craignent de perdre le pouvoir, leurs avantages, leurs contrats juteux, leur impunité », dénonce le collectif, en rappelant la crise meurtrière de 2015, lorsque la précédente tentative de révision constitutionnelle avait déjà ensanglanté Kinshasa, Goma et Lubumbashi.

Loin d’un « dialogue politique artificiel », la campagne appelle syndicats, société civile, confessions religieuses, chefs traditionnels, oppositions politiques, jeunes et femmes à se lever pacifiquement pour exiger cinq mesures immédiates, à savoir : l’abandon définitif du projet de révision, la fin de la guerre à l’Est, le déploiement de moyens vers les provinces en guerre, le paiement des salaires et des infrastructures, enfin le respect strict de la Constitution « seule garante de notre cohésion nationale ».

« La République ne se vend pas. Elle se vit et se protège », concluent les militants.

Dans un pays où l’hypothèse d’un référendum constitutionnel est régulièrement évoquée, la Dynamique entend faire barrage à ce qu’elle considère comme une dangereuse dérive autoritaire. Reste à savoir si son cri d’alarme résonnera jusqu’aux couloirs feutrés du pouvoir à Kinshasa.

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