Les premiers États généraux des Postes et Télécommunications auront posé les bases d’une véritable refondation du secteur en République démocratique du Congo. Au terme de trois jours de travaux intenses, du 27 au 29 avril à Kinshasa, Gouvernement, opérateurs, experts et partenaires ont dégagé une feuille de route ambitieuse : faire des postes et télécommunications le socle de l’indépendance numérique du pays.
Organisées à l’initiative du ministère des Postes, Télécommunications et Numérique, ces assises inédites depuis l’indépendance du pays ont permis de dresser un diagnostic sans complaisance. Faible couverture du territoire en téléphonie mobile et en internet, concentration des services dans les grands centres urbains, qualité de service insuffisante, pression fiscale élevée, cadre juridique parfois confus et sous-investissement chronique : autant de défis qui freinent encore l’essor du secteur.
À cela s’ajoute l’urgence de relancer un secteur postal en grande difficulté.
Une vision présidentielle clairement définie
Dès l’ouverture des travaux, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a fixé le cap. Ses attentes sont précises : accélérer l’extension des infrastructures pour garantir une connectivité équitable sur l’ensemble du territoire, moderniser le cadre légal, réglementaire et fiscal, améliorer la qualité des services et renforcer la protection des usagers.
Le Chef de l’État a également insisté sur l’impératif d’une inclusion numérique et financière véritable, capable de toucher non seulement les centres urbains, mais aussi les territoires ruraux, les jeunes, les femmes, les petits entrepreneurs et toutes les populations encore éloignées des opportunités offertes par le numérique.
À cette ambition s’ajoutent deux autres priorités majeures : l’éducation numérique et le développement du capital humain, ainsi que le renforcement de la souveraineté technologique et de la sécurité numérique, afin de mieux protéger les données, les réseaux, les administrations et les infrastructures critiques du pays.
Les opérateurs prêts à relever le défi
Face à cette vision, les opérateurs des télécommunications ont affiché leur disponibilité à investir massivement. Mais ils conditionnent cet engagement à deux mesures phares : l’exemption temporaire, pendant deux à trois ans, des droits et taxes à l’importation sur les smartphones d’entrée de gamme, et la suppression, pour une durée minimale de trois ans, des droits d’entrée sur les équipements de télécommunications.
Selon eux, ces mesures permettraient de doubler la couverture géographique du pays en seulement trois ans, tout en élargissant rapidement l’assiette fiscale. Un pari audacieux, mais réaliste, à condition d’opérer les ajustements nécessaires en matière de politique publique, de réglementation et de climat des affaires.
Pour les acteurs du secteur, la RDC dispose de tous les atouts pour retrouver sa place de géant africain du numérique, à la hauteur de son rang de cinquième économie du continent.
Du diagnostic à l’action
La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a d’ores et déjà donné des garanties quant à la suite du processus. À la clôture de ces assises, elle a assuré que l’ensemble des recommandations formulées constitue désormais la feuille de route du Gouvernement pour les années à venir.
Le Gouvernement entend ainsi traduire ces résolutions en actions concrètes, à travers l’élaboration d’un plan stratégique national des Postes et Télécommunications, la mise en œuvre de projets hiérarchisés, financés et encadrés dans le temps, l’instauration d’un cadre permanent de concertation avec les opérateurs, ainsi qu’un dispositif rigoureux de suivi et d’évaluation.
Au-delà des réformes techniques, c’est une véritable ambition de souveraineté qui se dessine. Celle d’une RDC capable de maîtriser ses infrastructures, de sécuriser ses réseaux, de démocratiser l’accès au numérique et d’en faire un puissant levier de croissance, d’inclusion et de modernisation.
Après le temps du diagnostic, vient désormais celui de l’exécution. Le succès de cette nouvelle trajectoire dépendra de la capacité du Gouvernement et des opérateurs à transformer les engagements pris en réalisations concrètes. Car dans la course mondiale au numérique, la RDC n’a plus le luxe d’attendre.
JEK

