Lancée en grande pompe en janvier 2026 par l’hôtel de ville de Kinshasa, l’opération de régulation du trafic et de contrôle des documents de bord est devenue un véritable cauchemar pour la population. Sous couvert de lutte contre les embouteillages, les contrôles routiers interservices dégénèrent en système de raquettes, d’extorsions et de violences.
Les agents commis à cette mission, dont l’identité et le mode de leur sélection restent mystérieux à ce jour, se comportent désormais en prédateurs.
Les faits sont accablants. Des images qui circulent massivement sur les réseaux sociaux montrent des scènes d’extorsions à ciel ouvert, de discussions, voire même des explications musclées avec des conducteurs et leurs passagers qui n’en peuvent plus.

Parmi les plus révoltant de ces, cette de « contrôleurs en gilets rouge de l’hôtel de ville, dont l’un est juché sur un camion livreur de boissons. L’individu décharge des casiers qui sont réceptionnés par un autre agents au grand dam du boy-chauffeur qui déclare que ces individus avaient préalablement ravi la batterie du camion.

Plusieurs autres cas de saisie de batteries, roues de rechange et autres pièces détachées sont devenus monnaie courante.
Ce ne sont plus des contrôles routiers, mais des pillages en uniforme. Et ce scandale se déroule au vu et au su de tous, y compris devant et en complicité avec des agents de l’ordre en coordination avec leurs commandements.
C’est le cas du commissariat de district de Kinsuka pompage, en face de la station SONAHYDROC, où des policiers assistent, parfois participent, sans réagir. Au contraire, ce sont ces policiers qui se chargent de convoquer vers le commissariat les motos saisis ou les conducteurs résistants pour des amendes qui finissent dans leurs poches sans aucune quittance.
Sans feuille de route ni aucun document officiel, ces terroristes du trafic routier opèrent en toute illégalité. Loin de résorber les embouteillages, ils les exploitent pour traquer leurs proies.
Et lorsque la population ose protester, les explications deviennent musclées. La ville est donc à feu doux, et on n’est plus loin d’une révolte aux conséquences incalculables.
Le gouverneur de la ville est interpellé pour mettre fin à ce scandale pendant qu’il est encore temps. Il en a d’autant plus la responsabilité qu’il s’était lui-même refusé à toute clarification sur l’identité et le mode de recrutement de ces 3 000 jeunes, devenus aujourd’hui dangereux pour la société. Ce refus est d’autant plus préoccupant que des indications claires les identifient comme appartenant aux « forces du progrès », la milice politique de l’UDPS, parti présidentiel dont le gouverneur est membre.
Indirectement, c’est l’image du chef de l’État qui se trouve écornée par ces pratiques qui contrastent avec sa vision.
Daniel Bumba est appelé à suspendre ces contrôles afin de mettre de l’ordre dans les équipes et d’instaurer une organisation plus transparente.
Tous ces dérapages ont une cause claire : le mauvais recrutement. On a cru bien servir la ville en recrutant des jeunes des forces du progrès, mais dès le début, la question avait été posée à Daniel Bumba sur le processus ayant concerné 3 000 personnes, alors que personne n’avait eu vent d’un appel à candidatures. Aujourd’hui, il est rattrapé par la réalité de ces desperados.
Cette fois-ci, personne ne devra jouer l’autruche au moment d’établir les responsabilités, comme face à l’insécurité, où Jacquemin Shabani, autre cadre de l’UDPS, rétorque : « Tout va bien, Madame la Marquise ».
JDW

