Gouvernement – AFC/M23 : Un accord à minima signé à Montreux, la paix toujours en sursis

Le neuvième round de négociations entre le gouvernement congolais et le mouvement AFC/M23 s’est achevé ce jeudi 16 avril 2026 à Montreux (Suisse) par la signature d’un nouveau protocole d’accord. Si des avancées significatives sont à saluer – intégration paritaire des rebelles dans un mécanisme de vérification du cessez-le-feu, transfert de milliers de prisonniers de guerre –, plusieurs attentes cruciales restent en suspens, notamment la réouverture des aéroports de Goma et Bukavu, l’absence d’un chronogramme précis pour les mesures de décrispation, et les modalités concrètes de libération des détenus politiques.

Le principal acquis de ce protocole est la création d’un « Mécanisme Conjoint de Vérification renforcé » (EJVM+), qui intègre pour la première fois l’AFC/M23 à parité avec les Forces armées de la RDC (FARDC). Le mouvement rebelle déploiera ses propres officiers pour surveiller les violations du cessez-le-feu sur le terrain, sous l’égide de la CIRGL et avec l’appui opérationnel de la MONUSCO.

Cette innovation institutionnelle vise à sortir de l’impasse des anciens dispositifs de suivi, régulièrement contournés.

Volet humanitaire : transfert de militaires et libération de mineurs

Faisant suite à un engagement humanitaire signé avec le CICR les 11-12 avril, l’accord prévoit le transfert de 2 000 à 3 000 soldats FARDC détenus par l’AFC/M23 vers les autorités congolaises. Plusieurs dizaines de mineurs ont déjà été remis au CICR.

Si cette mesure est saluée par les organisations de défense des droits humains, elle reste conditionnée à la mise en place d’un couloir sécurisé et d’un calendrier opérationnel qui n’a pas encore été rendu public.

Médiation internationale sous haute tension

Les pourparlers, organisés près de Montreux pour des raisons de sécurité en raison du contexte au Moyen-Orient, ont été facilités par le Qatar (médiateur principal), les États-Unis (par l’émissaire Massad Boulos) et la Suisse. Ce protocole s’inscrit dans la continuité des accords de Washington et de Doha, mais la lenteur de leur mise en œuvre alimente le scepticisme.

Les attentes qui demeurent : réouverture des aéroports, libérations et chronogramme

Malgré ces avancées, plusieurs points essentiels restent flous ou inachevés :

1. Réouverture des aéroports de Goma et Bukavu : Aucune mention n’est faite d’un calendrier précis pour le rétablissement des liaisons aériennes civiles et militaires, pourtant vitales pour l’aide humanitaire et la reprise économique. Les populations locales, privées de tout accès aérien depuis des mois, attendent un signal fort.

2. Mesures de décrispation et libération des prisonniers : Si le protocole évoque la libération des prisonniers de guerre, il ne dit rien sur la libération des détenus politiques et des personnes arrêtées pour leurs opinions ou leur appartenance présumée aux mouvements arms, principalement le M23. Aucun chronogramme contraignant n’a été publié.

3. Absence d’un échéancier global : Les observateurs regrettent l’absence d’un document annexe précisant les dates, les étapes et les indicateurs de vérification pour chaque mesure – de la désescalade militaire à la restauration de l’autorité de l’État dans les zones occupées.

Réactions mitigées

À Kinshasa, l’opposition et plusieurs ONG exigent la publication immédiate d’un chronogramme détaillé. « Sans dates butoirs et sans sanctions en cas de manquement, cet accord risque de rester lettre morte », a déclaré un analyste sous couvert d’anonymat. Dans l’Est, la société civile de Goma appelle à une action urgente : « Nos aéroports sont fermés depuis trop longtemps. Les vivres et les médicaments ne rentrent plus. La paix ne se décrète pas, elle se construit avec des actes. »

Ce protocole de Montreux marque un pas diplomatique indéniable. Mais la vraie pierre de touche sera la mise en œuvre concrète des engagements, en particulier la réouverture des aéroports stratégiques du Nord-Kivu et Sud-Kivu, la libération effective de tous les prisonniers (politiques et militaires) et la publication d’un chronogramme public, contraignant et vérifiable. Sans cela, la trêve restera fragile, et les populations de l’Est continueront de payer le prix d’une paix qui tarde à venir.

JDW

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