Clap de fin, vendredi 10 avril 2026, sur la première Conférence nationale sur les infrastructures et travaux publics (ITP), ouverte trois jours plus tôt à Kinshasa. Après des diagnostics sans complaisance sur le déficit chronique du secteur – seulement 5 % des routes revêtues, enclavement de nombreuses provinces, absence de normes harmonisées –, les près de 500 participants ont adopté une feuille de route 2026-2030 et une « Déclaration de Kinshasa » engageant l’ensemble des parties prenantes à faire des infrastructures un levier de souveraineté économique.
Les discours de clôture du ministre John Banza Lunda et du Vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba ont marqué l’événement et tracé de nouvelles perspectives.
John Banza Lunda : « La belle page est ouverte devant nous »
Prenant la parole en premier à la clôture des travaux, le ministre des Infrastructures et Travaux publics a rendu un hommage appuyé au Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, « celui qui a initié et qui conduit la croisade dans le domaine des infrastructures ». Il a également remercié la Première ministre Judith Suminwa Tuluka pour son suivi « presque journalier », ainsi que l’ensemble des membres du gouvernement central pour leur accompagnement.
S’adressant aux participants venus de toutes les provinces, de tous les horizons – « savants, ingénieurs, architectes, étudiants, techniciens » –, il a salué leurs contributions. « Vous êtes venus de loin, de très loin, avec votre intelligence, votre compétence, votre expérience, pour nourrir les réflexions de la construction du pays de nos ancêtres », a-t-il déclaré.
« La première édition s’achève aujourd’hui, mais la belle page est ouverte devant nous. Ensemble, nous allons l’écrire aux côtés de son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo », a poursuivi le Ministre avant d’insister : « L’histoire retiendra que vous avez été les premiers à coucher dans un document l’engagement solennel d’assurer la grandeur de notre pays. »
John Banza Lunda a appelé à un suivi rigoureux de chacune des recommandations grâce aux mécanismes élaborés et adoptés, fixant un rendez-vous dans un an pour une évaluation collective. « Nous, comme État, nous ferons notre part. Les réformes, nous allons les engager de manière courageuse, totale, et surtout profonde, pour changer le destin qui est devant nous », a-t-il cinclu.
Daniel Mukoko Samba : « Un impératif de survie économique »
Représentant le Chef de l’État, le Vice-Premier ministre, Ministre de l’Économie nationale, a, dans son discours de clôture, souligné l’importance historique de cette conférence, rappelant qu’elle avait nécessité son lancement par le Président de la République lui-même. Il a cité la vision présidentielle : « Les infrastructures, dans leur diversité – routes, rails, voies d’eau, énergie, numérique, écoles, hôpitaux – sont un support indéniable et incontournable du développement. Elles sont un symbole de souveraineté. »
Mukoko Samba a insisté sur la nécessité de passer d’une culture des réparations à un changement systémique. « Bâtir ne suffit pas, il faut bâtir mieux, durablement et de façon innovante », a-t-il martelé, appelant à l’implication de tous les acteurs : l’État pour réguler le secteur, les privés pour l’exécution des travaux (notamment via les partenariats public-privé), les universitaires pour la recherche et l’innovation, et la diaspora congolaise pour de nouveaux apports.
Le Vice-Premier ministre a détaillé les repères fixés par le ministère des ITP : viser des réseaux terrestres durables et résilients, garantir une souveraineté énergétique et hydraulique pour soutenir l’industrialisation, atteindre une modernisation urbaine et numérique, procurer une connectivité multimodale pour réduire les délais et coûts logistiques, et renforcer le capital humain ainsi que la gouvernance.
Il s’est félicité de l’atteinte des objectifs : « Il est heureux de constater que l’on dispose d’une feuille de route, d’actions menées en vue de faire de la RDC un véritable pôle de connectivité intra-africaine selon la vision de la plus haute autorité du pays. »
Daniel Mukoko Samba a également salué la signature de la Déclaration de Kinshasa par l’ensemble des acteurs – gouvernement central, provinces, secteur privé, bailleurs de fonds, partenaires techniques et financiers, société civile – témoignant d’un attachement commun à œuvrer pour un avenir meilleur.
Avant de déclarer close la première édition au nom du Président de la République, il a remercié l’ensemble des panélistes, participants et équipes d’organisation pour le travail abattu, donnant rendez-vous à la prochaine édition pour une « évaluation rigoureuse du parcours ».
Contexte et perspectives
La conférence, qui a réuni 500 participants dont des représentants des 26 provinces, des partenaires techniques et financiers (Banque mondiale, BAD, JICA, Chine) et de la diaspora, a abouti à quatre livrables majeurs : la Déclaration de Kinshasa, une feuille de route nationale 2026-2030, un mécanisme de suivi par indicateurs de performance, et la création d’une Commission nationale des normes de construction.
Parmi les recommandations phares figurent la restructuration des offices publics, la création d’une Autorité de régulation des ITP, l’instauration d’un quota de 30 % de sous-traitance aux entreprises congolaises, et la mise en place d’un secrétariat permanent de suivi placé sous l’autorité de la Première ministre.
Il a été rappelé que la guerre d’agression dans l’Est paralyse plusieurs chantiers structurants, mais tous les intervenants ont assuré que les conditions sont prêtes pour une reprise rapide dès le rétablissement de l’autorité de l’État.
Dans l’ensemble, le message de clôture est sans ambiguïté : le temps du diagnostic a cédé la place au temps de l’action structurée.
JEK

