Infrastructures : Firmin Kiala Ki-N’soki, véritable héros dans l’ombre, parle de la réussite de la conférence nationale et de l’avenir

Alors que les projecteurs étaient braqués sur les discours et les signatures solennelles, un homme œuvrait dans l’ombre pour que la première Conférence nationale sur les infrastructures et travaux publics (ITP) ne soit pas un énième colloque sans lendemain. Firmin Kiala Ki-N’soki, Directeur de cabinet du ministre John Banza Lunda, est l’homme orchestre de cette rencontre historique qui s’est achevée vendredi 10 avril à Kinshasa.

Ingénieur BTP issu de l’IBTP dans les années 70, également titulaire d’un DEA en transport et urbanisme de l’Université Paris-Val-de-Marne (Paris VII), Kiala Ki-N’soki a mis son expertise et sa méthode au service d’une ambition : sortir la RDC de l’enclavement.

C’est avec sérénité que cet homme des ombres mais efficace parle de cette séquence historique,.mais aussi du rôle que la jeunesse est appelée à jouer dans la construction, l’entretien et la protection des infrastructures, ainsi que des enjeux de la réussite de la feuille de route (Déclaration de Kinshasa) pour des infrastructures à même de porter le développement de la RDC.

« Une approche participative »

« Au départ, nous avons ciblé une approche participative », explique-t-il d’emblée. Dès l’élaboration des termes de référence, l’administration, les conseillers en infrastructures, les directeurs provinciaux ont été impliqués. Parallèlement, une stratégie de communication « à distance » a permis de porter les idées de la conférence à travers toutes les couches du pays.

« C’est vraiment cette approche d’implication des acteurs et de communication qui a fait qu’aujourd’hui nous avons un engouement », se félicite-t-il. Un engouement nécessaire, car « sinon nous n’aurions pas organisé cette conférence ».

Et le pari a été gagné. Près de 500 participants – représentants des 26 provinces, experts, opérateurs économiques, partenaires internationaux – ont répondu présent. Et le directeur de cabinet de John Banza Lunda d’afficher sa confiance dans l’avenir : « Nous croyons effectivement que demain les choses seront différentes. Toutes les intelligences en matière d’infrastructure ont été réunies. La réussite est certaine. »

Le « triangle d’or » pour bâtir durablement

Mais l’enthousiasme ne saurait faire oublier les défis. Firmin Kiala Ki-N’soki les énumère avec la précision de l’ingénieur.

Premier impératif : créer un environnement propice au développement du secteur. Pour cela, il martèle une règle d’or, celle du « triangle équilatéral » : la qualité, les coûts et les délais doivent avancer ensemble.

« Tant que nous n’aurons pas fait une approche basée sur les triangles d’or, nous aurons toujours des difficultés. Si vous voulez avoir la qualité, il faut y mettre les coûts correspondants et respecter les délais. Les trois éléments doivent aller de pair », prévient le Dircab Kiala.

Et d’ajouter que c’est pour garantir cette exigence que la conférence a accouché de la création d’une Commission nationale des normes. « Elle va développer des exigences qui devront servir de boussole dans la mise en œuvre des projets », précise-t-il.

Cette structure se veut une boussole indispensable dans un pays où les infrastructures souffrent encore trop souvent d’une qualité aléatoire, de dépassements de coûts chroniques et de délais fantaisistes.

La jeunesse, gardienne du bien commun

Interrogé sur la place de la jeunesse, le Directeur de cabinet se veut à la fois réaliste et mobilisateur. « La jeunesse doit croire, parce que nous avons beaucoup de potentialités. Aujourd’hui, nous devons travailler pour transformer ces potentialités en opportunités, tant en termes d’emploi que de développement des secteurs. »

Il appelle les jeunes à « améliorer leur employabilité » pour être prêts le jour où les chantiers se multiplieront.

Mais Firmin Kiala va plus loin en relevant la protection des infrastructures est une affaire de civisme, et que la jeunesse en est la première gardienne. « Il faudrait que la jeunesse comprenne qu’une infrastructure bâtie, c’est pour la communauté, pour l’intérêt de tout le monde. Les jeunes d’aujourd’hui doivent être les premiers à lutter contre certaines pratiques. »

Et de donner un exemple concret : « Une maman qui jette des ordures dans les caniveaux, il faut que les jeunes se mettent debout pour dire « ne faites pas ça ». »

Sans cette culture du respect du bien commun, prévient-il, « ce sera une forme de désinvestissement ». À quoi bon construire des routes, des ponts, des égouts, si personne ne les entretient ni ne les protège ?

Le temps de l’action

La conférence s’est achevée sur l’adoption d’une feuille de route 2026-2050 et d’une Déclaration de Kinshasa engageant l’État, les provinces, le secteur privé et les partenaires techniques à faire des infrastructures un levier de souveraineté économique. Reste à transformer les 48 heures de débats en actes.

Firmin Kiala Ki-N’soki, lui, a déjà la tête tournée vers l’après. Fort de son expérience, notamment chez UNOPS où il a piloté des projets à travers le monde, il sait que le plus difficile commence : passer des intentions aux réalisations, des recommandations aux chantiers.

« Nous avons fait en sorte que toutes les intelligences soient réunies », répète-t-il. Reste maintenant à s’assurer qu’elles ne repartent pas chacune chez soi sans lendemain.

JEK

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *