RDC – Angola : 9 blocs de recommandations pour une intégration économique effective

Les rideaux sont tombés ce jeudi 2 avril 2026 sur les travaux de la troisième édition du forum économique RDC-Angola. Pendant deux jours, Kinshasa a abrité cette rencontre placée sous le signe de la « concrétisation », avec un mot d’ordre répété par la Première ministre congolaise Judith Suminwa dès l’ouverture : passer des intentions aux résultats mesurables.

Le communiqué final, rendu public à l’issue des échanges, dresse le bilan d’un forum qui a tenu ses promesses en matière de diagnostics partagés et de feuille de route opérationnelle.

Objectifs et constats : sept verrous identifiés

L’objectif principal de cette troisième édition était de promouvoir le développement du commerce formel, renforcer l’intégration économique et financière entre les deux pays, identifier les obstacles structurels aux échanges et proposer des mesures concrètes pour stimuler les investissements et les partenariats.

Malgré le potentiel considérable d’un marché combiné de près de 170 millions d’habitants et d’un PIB nominal total de 190 milliards de dollars, les participants ont dressé un constat sans appel : sept contraintes majeures continuent de freiner le développement des échanges bilatéraux. Il s’agit de la prédominance du commerce informel, des difficultés liées aux systèmes de paiement formels, de la multiplicité des taxes et barrières administratives, des tracasseries aux frontières, de l’insuffisance des infrastructures logistiques et frontalières, du manque d’harmonisation des cadres réglementaires et fiscaux, ainsi que du faible niveau de digitalisation des procédures.

Neuf blocs de recommandations pour une intégration effective

Face à ces défis, les travaux ont abouti à neuf séries de recommandations couvrant l’ensemble des axes thématiques du forum.

En matière de facilitation du commerce et de modernisation douanière, les experts préconisent d’accélérer la digitalisation et l’interopérabilité des systèmes douaniers, de mettre en place des postes frontières à guichet unique, et de certifier et harmoniser les politiques frontalières et fiscales.

Pour la formalisation des échanges transfrontaliers, il est proposé d’instituer un régime commercial simplifié pour le petit commerce frontalier et de renforcer les mécanismes de lutte contre la fraude et la contrebande.

Le développement des infrastructures occupe une place centrale. Les recommandations appellent à moderniser les infrastructures frontalières et logistiques, à améliorer les corridors de transport et les facilités de transit, et à faire du corridor de Lobito un axe structurant d’intégration régionale à travers la modernisation coordonnée des infrastructures ferroviaires et routières.

Sont également préconisées la création d’activités minières, industrielles et agro-industrielles le long de ce corridor, l’inclusion des communautés riveraines, l’investissement dans la production d’énergie électrique pour répondre à la demande croissante, et le développement de plateformes logistiques multimodales (route, rail, port) pour optimiser les coûts et les délais de transport.

Sur le plan de l’intégration financière, les participants recommandent d’harmoniser la réglementation des changes et de promouvoir l’utilisation des systèmes régionaux et panafricains de paiement tels que ceux de la SADC, et surtout le PAPSS (système panafricain de paiement et de règlement), afin de faciliter les transactions en monnaies nationales.

L’inclusion financière passe par un renforcement de l’accès des populations aux services financiers, la promotion de l’éducation financière et des solutions numériques, la mise en place de mécanismes permanents de concertation, et un renforcement de la coopération entre les administrations douanières, fiscales et financières.

En ce qui concerne les partenariats public-privé, le forum encourage les investissements conjoints et les joint-ventures, et appelle à impliquer davantage le secteur privé dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Dans le secteur de la pêche et de l’économie bleue, cinq mesures ont été retenues : développer les infrastructures de stockage frigorifique et de transports réfrigérés, améliorer la chaîne logistique pour réduire les pertes post-capture, mettre en œuvre les accords bilatéraux de pêche, gérer de façon concertée les espaces maritimes et prévenir les accidents liés à la pêche, et renforcer les mécanismes de surveillance maritime et de lutte contre la pêche illégale.

Pour le secteur des hydrocarbures, le communiqué préconise la mise en place de cadres bilatéraux d’échanges sécurisés et transparents, le développement d’une chaîne de valeur pétrolière régionale, la création de plateformes logistiques transfrontalières intégrées, et l’établissement de mécanismes de financement conjoint.

Engagements et perspectives : une feuille de route pour 2026

Les parties ont convenu d’élaborer une feuille de route conjointe assortie d’indicateurs de performance, d’assurer un suivi régulier de la mise en œuvre des recommandations, de renforcer la coordination entre les institutions compétentes des deux pays, et d’œuvrer à la mise en place progressive d’un espace économique intégré.

Parmi les annonces concrètes, les gouverneurs des banques centrales des deux pays se sont rencontrés en marge du forum et ont convenu de signer un protocole d’accord à une date arrêtée en juin 2026, une avancée majeure pour la fluidification des transactions financières.

À l’issue des travaux, les participants ont exprimé leur satisfaction quant à la qualité des échanges et aux résultats obtenus. Ils ont salué l’engagement des plus hautes autorités des deux pays à renforcer la coopération économique bilatérale et à promouvoir une intégration effective et durable.

La quatrième édition du forum se tiendra en Angola, à une date qui sera fixée par voie diplomatique entre les deux nations

En attendant, ce troisième forum, placé sous le haut patronage des présidents Félix Antoine Tshisekedi et João Lourenço, et organisé par la Cellule du Redressement Productif (CEREP) sous mandat du vice-Premier ministre congolais de l’Économie nationale, laisse ainsi derrière lui une feuille de route dense et des engagements précis. Reste désormais à transformer ces recommandations en actions concrètes au bénéfice des populations des deux pays, comme l’ont solennellement réaffirmé les participants dans leur déclaration finale, rédigée en français et en portugais.

Jonas Eugène Kota

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