La troisième édition du Forum économique RDC-Angola s’est achevée ce jeudi sur une double promesse solennelle : celle de ne plus laisser les recommandations dormir dans les tiroirs. Après deux jours de travaux intenses placés sous le thème de « l’intégration sous-régionale et le développement du commerce transfrontalier », les ministres en charge de l’Économie des deux pays ont pris acte du communiqué final et annoncé des mécanismes inédits de suivi, destinés à transformer les engagements en actes.
« Le temps des discours est révolu » : un suivi bilatéral renforcé
Dans son allocution de clôture, le vice-Premier ministre congolais, Daniel Mukoko Samba, a rappelé avec fermeté le mot d’ordre qui avait présidé à l’ouverture du forum : « Le temps des discours est révolu et nous devons commencer à agir. »
Pour donner corps à cette ambition, il a révélé que le ministre d’État angolais, José de Lima Massano, et lui-même ont décidé de désigner deux personnes de liaison au sein de leurs cabinets respectifs. Leur mission : assurer la mise en œuvre effective des décisions prises, remonter les obstacles qui se dresseront sur le chemin commun et proposer des actions correctives.
« La première tâche de ces deux personnes de liaison, avec l’appui des institutions qui ont préparé ce forum, sera de mettre en place la feuille de route de Kinshasa, telle qu’élaborée dans le communiqué final », a précisé Mukoko Samba, affirmant la détermination des deux gouvernements à assurer « le suivi effectif de la mise en œuvre de cette feuille de route ».
Avancée majeure : un protocole d’accord entre banques centrales signé d’ici juillet 2026
Parmi les réalisations concrètes déjà engagées, le ministre congolais s’est félicité d’une avancée décisive : « Ce matin, les gouverneurs des deux banques centrales se sont rencontrés, se sont mis d’accord pour préparer un protocole d’accord qui devrait être signé au plus tard en juillet de cette année. »
Ce texte vise à résoudre le problème récurrent des difficultés de dénouement des transactions financières entre les deux pays.
De son côté, José de Lima Massano a apporté un éclairage technique rassurant sur ce point. Il a rappelé que les banques commerciales des deux pays opèrent déjà sur le même système de paiement international (SWIFT) et utilisent majoritairement la même monnaie de transaction, le dollar américain. « Cela signifie qu’il n’existe pas de barrière technique ou technologique à la formalisation du commerce et des flux financiers entre la RDC et l’Angola », a-t-il rassuré.
Le futur mémorandum entre banques centrales facilitera, selon lui, la diffusion de l’information et l’harmonisation des options de paiement, dans le respect des règles de lutte contre le blanchiment de capitaux et des obligations fiscales.
Un paradoxe à surmonter : 60 points de passage pour 150 millions de dollars officiels
Les deux ministres ont dressé un constat partagé, à la hauteur du défi. Mukoko Samba a rappelé le paradoxe qui sous-tend l’urgence d’agir : « Deux États, deux peuples unis, près de 200 milliards de dollars de PIB cumulé, mais à peine 150 millions de dollars d’échanges officiels, alors qu’il existe près d’une soixantaine de points de transactions transfrontalières. »
L’essentiel des échanges emprunte donc les circuits informels, une situation que les deux gouvernements entendent corriger par l’harmonisation des politiques économiques et la facilitation de la libre circulation des biens et services.
Son homologue angolais Massano a renchéri en soulignant que la coopération entre l’Angola et la RDC est « mutuellement bénéfique », avec des économies complémentaires, des peuples liés et des frontières qui constituent « des corridors naturels de culture, de commerce, d’investissement et d’intégration ». Il a également appelé à dynamiser l’action des chambres de commerce, notamment en RDC, estimant nécessaire que « les opérateurs privés s’organisent davantage et établissent des canaux permanents de dialogue et de coopération entre eux ».
Un destin commun de moteur régional
Au-delà des mesures techniques, les deux responsables ont porté une vision stratégique commune. Pour Mukoko Samba, « c’est en harmonisant nos politiques économiques, en facilitant la libre circulation des biens et services, que nous allons renforcer nos deux économies afin que nous devenions le moteur de développement de la sous-région ».
Il a appelé à surmonter un paradoxe géographique et culturel : « Il n’est pas normal qu’alors qu’il ne faut que 45 à 50 minutes pour aller de Luanda à Kinshasa, nous nous visitions si peu. Le moment est venu de passer de la parole à l’acte. »
Le ministre angolais a conclu sur une note d’engagement solennel : « Le succès de ce Forum démontre que, lorsque nous travaillons ensemble, nous sommes plus forts que la somme de nos individualités. L’Angola et la RDC doivent poursuivre sur la voie du rapprochement, en s’appuyant sur la force de notre histoire, de notre culture, de notre géographie et de nos ressources naturelles. »
Rendez-vous en Angola en 2027
Après avoir remercié le comité d’organisation conjoint et l’hôtel Golden Tulip pour son accueil, Daniel Mukoko Samba a déclaré close la troisième édition du forum économique Angola-RDC. La quatrième édition se tiendra en Angola en 2027, conformément à l’alternance convenue entre les deux capitales. D’ici là, les deux gouvernements ont promis de transformer la feuille de route de Kinshasa en résultats tangibles pour les populations.
Jonas Eugène Kota

