Il devait être là. Debout, immobile, la main levée vers le ciel, comme à son habitude. Mais cette fois-ci, dans les tribunes du match RDC–Jamaïque, il manquera une silhouette devenue mythique : celle de Michel Luka, alias “Lumumba VEA”, la mascotte officieuse des Léopards.

Il y a quelques semaines à peine, au Maroc, il était l’image la plus virale de la CAN 2026. Alors que les Léopards quittaient prématurément la compétition après une élimination en phase de groupes face à l’Algérie, lui s’imposait comme la révélation inattendue du tournoi.
Debout pendant 90 minutes, sans bouger, une main levée en permanence, Michel Luka avait fasciné caméras et commentateurs.
Son costume-cravate aux couleurs de la RDC, son allure soignée, ses lunettes, sa raie impeccable et surtout sa ressemblance troublante avec Patrice Emery Lumumba, héros national originaire comme lui du Sankuru, avaient achevé de le propulser au rang de phénomène.
Son geste, rappelant la célèbre statue de Lumumba à l’échangeur de Limete, avait transcendé le simple supportérisme pour devenir un symbole de mémoire et de fierté nationale.
Les médias internationaux se l’arrachaient. La RDC, éliminée sportivement, avait tout de même trouvé sa star.
Du rêve mexicain au blocage administratif
Mais à l’heure de poursuivre l’aventure aux côtés des Léopards face à la Jamaïque, le destin en a décidé autrement.

Dans un message empreint d’émotion et qu’il a posté dans ses espaces virtuels, “Lumumba VEA” raconte son parcours chaotique — un véritable calvaire administratif et logistique, bref, un martyr.
« C’est avec un profond regret que je vous annonce que je ne serai finalement pas au Mexique », ouvre -t-il.
Parti avec d’autres supporters au Kenya pour les formalités, il explique que « malgré tous les efforts fournis (…) nous n’avons pas pu obtenir les visas », les contraignant à rentrer à Kinshasa.
Dans une ultime tentative, il se rend ensuite en urgence à Addis-Abeba : « des démarches ont été engagées », mais « même dans un cadre d’urgence, l’obtention d’un visa express nécessite au minimum un jour ».
Face aux contraintes de temps et à la durée du voyage — « entre 18 et 30 heures » — il tranche : « il m’a semblé impossible d’arriver à temps ».
Résigné mais digne, il conclut : « J’ai donc pris la décision de rentrer à Kinshasa (…) De près comme de loin, nous restons unis derrière nos Léopards. »
Une délégation amputée de son symbole
Au départ du Kenya, où une partie des supporters tentait d’obtenir des visas, le rêve s’est brisé net. Malgré l’implication des autorités sportives congolaises, les démarches n’ont pas abouti à temps.
Pendant ce temps, près de 400 supporters ont pu quitter Kinshasa dimanche, direction le Mexique, pour soutenir les Léopards. Parmi eux, des figures bien connues : anciens ministres des Sports, députés nationaux, membres de cabinets ministériels… pour aller porter haut les couleurs nationales.
Mais sans celui qui, en quelques jours, était devenu le visage le plus reconnaissable du supportérisme congolais…
L’absence qui se voit
Dans les tribunes mexicaines, il manquera plus qu’un simple supporter. Il manquera une présence. Un rituel. Une image.
Car “Lumumba VEA”, ce n’est pas seulement un homme : c’est une posture, une symbolique, une incarnation silencieuse de la ferveur congolaise.
Son absence rappelle une réalité bien connue des supporters africains : au-delà de la passion, les frontières administratives restent parfois les adversaires les plus redoutables.
Cependant, même privé de voyage, Michel Luka n’a pas renoncé à sa mission.
Depuis Kinshasa, il promet de soutenir les Léopards autrement, fidèle à son engagement.
Et peut-être est-ce là l’essentiel : qu’il soit dans les tribunes marocaines, bloqué à Nairobi, en transit à Addis-Abeba ou de retour à Kinshasa,“Lumumba VEA” reste debout — symboliquement — la main levée pour la RDC.
Jonas Eugène Kota

