Congo-Brazzaville/présidentielle : 82 ans, 95% dès le 1er tour pour un 5ème mandat, Sassou Nguesso pulvérise ses records…

Il fallait oser. Et Denis Sassou Nguesso l’a fait. Mieux : il l’a amélioré. Avec 94,82 % des voix au premier tour, le chef de l’État congolais signe une performance électorale digne des annales… ou des régimes qui n’aiment pas trop les surprises.

À 82 ans et après plus de quatre décennies cumulées au pouvoir, le président sortant s’offre ainsi un cinquième mandat qui le mènera, sauf imprévu constitutionnel ou biologique, jusqu’en 2031.

L’annonce, faite avec le plus grand sérieux par le ministre de l’Intérieur Raymond Zéphyrin Mboulou, a consacré un score soviétique : 2.507.038 voix pour l’homme fort de Brazzaville. Une formalité presque administrative.

Officiellement, la participation atteint 84,65 %. Officieusement, dans les rues étrangement calmes de la capitale, le scrutin avait des airs de jour férié sous surveillance. Circulation interdite, commerces fermés, internet coupé : voter relevait presque d’un acte de foi… ou de discipline.

Une victoire sous cloche

Dimanche, Brazzaville ressemblait moins à une capitale électorale qu’à une ville sous cloche. Des militaires en patrouille, des bureaux de vote sous haute surveillance, et des électeurs discrets, parfois silencieux au point de refuser d’être filmés ou même nommés. Une démocratie pudique, en somme.

La coupure d’internet — devenue un classique électoral local — a, une fois de plus, privé le pays de son pouls numérique. Certains habitants ont dû longer le fleuve Congo pour capter le réseau venu de la RDC voisine.

Ironie géographique : pour suivre leur propre élection, les Congolais de Brazzaville se connectent… à Kinshasa.

Opposition absente, résultat présent

Face à Denis Sassou Nguesso, six candidats faisaient acte de présence, sans véritable poids politique. Les principaux partis d’opposition avaient choisi de boycotter le scrutin, dénonçant des conditions « non transparentes ».

Une stratégie qui, sans surprise, n’a pas empêché la victoire du président — mais l’a peut-être facilitée.

Pendant ce temps, deux figures majeures de l’opposition, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, continuent de purger des peines de 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État.

Une campagne électorale sans adversaires encombrants : le rêve de tout candidat.

Une longévité à toute épreuve

Arrivé au pouvoir en 1979, écarté en 1992, puis revenu par les armes en 1997 à l’issue d’une guerre civile, Denis Sassou Nguesso s’impose comme l’un des dirigeants les plus durables du continent. Une constance qui force l’admiration… ou l’inquiétude, selon le point de vue.

En 2021, il avait déjà été réélu avec 88,40 %. En 2026, il fait mieux. À ce rythme, la barre des 100 % semble presque à portée — à condition, bien sûr, que les mathématiques électorales restent aussi souples.

Et après ? Reste une question que même les scores écrasants ne peuvent totalement dissiper : celle de la succession.

La Constitution, en théorie, devrait empêcher une nouvelle candidature en 2031. Mais dans une région où les textes fondamentaux ont parfois la plasticité du caoutchouc, l’hypothèse d’un nouvel aménagement n’est jamais totalement exclue.

Interrogé, le président assure qu’il ne restera « pas une éternité » au pouvoir et que « le tour des jeunes viendra ».

Une promesse qui, au Congo-Brazzaville, semble appartenir à cette catégorie de vérités intemporelles : toujours valables… mais rarement datées.

En attendant, le pays repart pour cinq ans de stabilité — ou de statu quo, c’est selon. Et avec près de 95 % des voix, Denis Sassou Nguesso n’a pas seulement gagné une élection : il a, une fois de plus, écrasé toute idée de suspense.

CG

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