À Kinshasa, le ton se durcit encore sur les routes. Dans un communiqué officiel daté du 5 mars 2026, la Régie des fourrières et de contrôle technique des véhicules de Kinshasa (RFCK) prévient : tout véhicule qui ne remplira pas les conditions exigées par la réglementation en matière de contrôle technique pourrait être tout simplement immobilisé… puis détruit.
L’avertissement, signé par le directeur général Joseph Kasinzi Mafolo, s’adresse à tous les usagers des voies routières disposant d’engins automobiles. Sur instruction du gouverneur de la ville, Daniel Bumba Lubaki, la régie rappelle que conformément à l’arrêté ministériel n°VPM/MTVCD/CAB/085/2025 du 12 novembre 2025 portant réglementation du contrôle technique des véhicules et remorques en circulation en République démocratique du Congo, aucun véhicule ne peut circuler s’il ne remplit pas les conditions fixées par la loi.
Autrement dit, la tolérance zéro s’annonce.
Pare-brise, pneus, phares : la traque des véhicules “fatigués”
Dans son communiqué, la régie énumère une série d’éléments qui seront désormais scrutés avec rigueur : système d’éclairage et de signalisation, rétroviseurs intérieurs et extérieurs, avertisseur sonore, essuie-glaces, pare-brise, vitres, pneumatiques ou encore émissions de gaz d’échappement.
Autant de détails techniques qui, à Kinshasa, peuvent transformer une simple voiture en suspect potentiel.
Et la menace est explicite : tout véhicule ne remplissant pas les conditions exigées sera immobilisé, conduit en fourrière pour sa destruction conformément aux textes en vigueur. Dans la foulée, la régie interdit également le recours à l’éclairage à technologie LED, une pratique pourtant devenue courante chez de nombreux automobilistes kinois.
« Les contrevenants subiront la rigueur de la loi », conclut le communiqué dans un style qui ne laisse guère place à l’interprétation.
“Tosa batosa yo”, la grande chasse aux irréguliers
Cette sortie de la régie s’inscrit dans le prolongement de l’opération de contrôle routier lancée depuis près d’un mois à Kinshasa sous l’appellation « Tosa batosa yo » — littéralement : “respecte et on te respectera”.
Menée conjointement par la police de circulation routière et les services techniques, cette campagne vise notamment le contrôle technique, des documents de bord et de la conformité mécanique des véhicules.
Sur plusieurs grands axes de la capitale, les automobilistes ont désormais pris l’habitude de ralentir brusquement à l’approche des barrières de contrôle, certains préférant même rebrousser chemin pour éviter une inspection jugée trop pointilleuse. D’autres préfèrent sortir tôt avant le début du contrôle et rentrer tard après le contrôle pour y échapper.
Moins de voitures… donc moins d’embouteillages
Fait notable : depuis le début de l’opération, plusieurs observateurs constatent une diminution sensible du nombre de véhicules en circulation. Résultat indirect — et presque ironique — : les embouteillages semblent légèrement s’alléger dans certains coins de la capitale, notamment aux heures de pointe.
Moins de véhicules douteux sur la chaussée, c’est aussi moins de carcasses roulantes bloquant la circulation. Mais derrière ce répit apparent se cache une réalité bien plus complexe.
Un problème structurel toujours intact
Car si la traque des véhicules non conformes semble produire quelques effets visibles, elle ne s’attaque pas encore au cœur du problème de la circulation à Kinshasa. La capitale congolaise reste confrontée à une crise routière chronique : routes étroites ou dégradées, carrefours mal régulés, transports publics insuffisants, absence de véritables plans de circulation et croissance explosive du parc automobile.
En clair, même si l’on retire de la route quelques milliers de véhicules défectueux, les causes structurelles des embouteillages demeurent intactes.
Pour l’heure, aucune mesure majeure concernant l’organisation globale de la circulation, la régulation des flux ou la modernisation du transport urbain n’a encore été annoncée.
En attendant ces réformes de fond, le message des autorités est ferme : à Kinshasa, les voitures mal en point risquent désormais plus que l’amende — elles pourraient finir directement à la casse.
Et dans une ville où beaucoup d’engins roulent déjà par miracle mécanique, la menace risque de faire trembler plus d’un volant.
Jonas Eugène Kota

