Ville pieuse – comme l’indique son nom -, touristique, universitaire et carrefour historique du Kongo Central, Kisantu confirme sa vocation médicale. C’est dans cette cité connue pour l’Hôpital Saint Luc, pour l’implantation de l’Institut Supérieur des Techniques Médicales de Kisantu (ISTM) et pour avoir vu naître les premières initiatives académiques de l’Université Kongo, que la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a procédé à la pose de la première pierre des Cliniques universitaires de l’UK.
La cérémonie, organisée devant les membres du Gouvernement central, les autorités provinciales et une foule nombreuse composée d’étudiants, de notables, de chefs traditionnels et d’opérateurs économiques, a pris des allures d’événement historique.
Kisantu, déjà reconnue comme un pôle de formation et de soins, ambitionne désormais de de passer à une strate supérieure.
Une ville à forte tradition médicale
Depuis plusieurs décennies, Kisantu s’est imposée comme un centre de référence en matière de santé dans le Kongo Central. L’Hôpital Saint Luc, infrastructure emblématique fondée au début du XXe siècle par les missionnaires catholiques, a longtemps servi de pilier au système de soins local et de cadre de formation pratique pour de nombreux professionnels de santé, même ceux venant de la capitale Kinshasa.
Il demeure aujourd’hui encore l’un des établissements hospitaliers les plus respectés de la région.
L’ISTM, de son côté, a contribué à former des générations de professionnels paramédicaux.
L’histoire retient aussi que la faculté de médecine de ce qui deviendra plus tard Lovanium a aussi commencé à Kisantu.
C’est également à Kisantu que l’Université Kongo a posé les bases de son développement académique avant d’étendre progressivement son rayonnement. La construction des cliniques universitaires apparaît ainsi comme une continuité logique de cette histoire médicale et scientifique.
Un hommage et un symbole
Les futures polycliniques porteront le nom de Judith Suminwa Tuluka, en hommage à la première femme Première Ministre de la RDC et première personnalité issue du Kongo Central à occuper cette fonction.
Le recteur de l’Université Kongo, le professeur Germain Kuna Maba Mambuku, a salué « un acte historique » qui dépasse la simple pose d’une pierre. Il y voit l’expression d’une vision structurante pour toute la République.
Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, a, quant à lui, parlé d’« acte fondateur », estimant que cette infrastructure participe à la refondation du système de santé national. Il a notamment souligné l’absence de structures d’urgence adaptées le long de cet axe routier accidentogène, plaidant pour une réponse qualitative à travers ce nouveau complexe hospitalier.
Le Gouverneur du Kongo Central, Grâce Bilolo, a insisté sur la portée culturelle et historique du moment, tandis que la ministre de la Jeunesse, Grâce Kutino, a mis en avant l’opportunité offerte aux étudiants en médecine, qui pourront désormais effectuer leurs stages sur place sans dépendre exclusivement des cliniques universitaires de Kinshasa.
Un complexe hospitalo-universitaire ambitieux
Le projet prévoit la construction d’un hôpital universitaire d’une capacité de 3 000 lits, intégrant l’ensemble des services médicaux nécessaires aux soins, à la formation et à la recherche.
Le coût des cliniques universitaires est estimé à 6,7 millions USD, auxquels s’ajoutent 2,5 millions USD pour les équipements médicaux.
Le premier module devrait être réalisé en un an et six mois.
Au-delà de cette première phase, l’Université Kongo projette la création d’un vaste complexe médical sur cinq ans, pour un investissement global estimé à 50 millions USD.
Le financement reposera sur un modèle mixte : une e-collecte destinée à mobiliser 40 % des fonds, tandis que 60 % seront ouverts à l’investissement participatif.
Une vision nationale
À travers ce chantier, l’Université Kongo entend consolider son ambition de leadership régional en matière de formation médicale. Le projet s’inscrit également dans la vision du Président de la République, mise en œuvre par la Première Ministre à travers le Programme d’actions du Gouvernement, visant à améliorer l’accès aux services sociaux de base, notamment la santé et l’éducation.
Pour Kisantu, cette nouvelle étape marque bien plus qu’un investissement infrastructurel : elle consacre la ville comme berceau d’un pôle médical structurant pour le Kongo Central et, potentiellement, pour toute l’Afrique centrale.
Albert Osako

