La justice congolaise n’a pas encore prêté serment, mais certains de ses futurs serviteurs avaient déjà visiblement prêté… le coude.
Lors de la cérémonie de clôture d’une récente session de formation organisée à Conseil supérieur de la magistrature (CSM), un rapport présenté devant l’assistance, le 21 février à la clôture de la formation, a révélé que plusieurs nouveaux magistrats ont été sanctionnés pour s’être présentés en état d’ivresse pendant les cours. Oui, pendant les cours. Pas après. Pas à la fête de fin de session. Pendant.
Selon le CSM, l’un d’eux a particulièrement marqué les esprits — et probablement l’odorat de ses formateurs — en se présentant dans un état d’ivresse qualifié de « très avancé ». Avancé au point que son avenir professionnel, lui, semble désormais sérieusement compromis : il a été mis à la disposition des organes disciplinaires.
On ignore encore si la circonstance atténuante de « stress pré-robe noire » sera retenue.
La scène aurait pu prêter à sourire si elle ne concernait pas ceux qui seront appelés à dire le droit, trancher des litiges, décider des libertés et parfois des destins. Car dans l’imaginaire collectif, le magistrat incarne la rigueur, la retenue, la gravité. Bref, tout le contraire d’un cours transformé en dégustation éthilique improvisée.
Dans les couloirs, certains ironisent déjà : « Au moins, ils s’exerçaient à juger à vue. » D’autres, plus sévères, y voient le symptôme d’un mal plus profond : une banalisation inquiétante de l’indiscipline au sein d’un corps censé incarner l’autorité morale de l’État.
Campus sous pression
Comme si cela ne suffisait pas, la formation organisée sur le site de Université protestante au Congo (UPC) n’a pas seulement été troublée par des vapeurs d’alcool. Le cadre académique a également été secoué par des problèmes d’insécurité.
Le site a été l’objet de plusieurs attaques attribuées à des Kulunas en provenance du camp militaire Kokolo, situé juste en face de l’établissement. Une proximité géographique qui, paradoxalement, n’a visiblement pas dissuadé les malfrats.
Face à cette situation, le CSM, en collaboration avec la Police nationale congolaise, a renforcé les patrouilles autour du site universitaire afin de sécuriser les lieux. Des rondes policières pour protéger des magistrats en formation : la justice apprend à marcher, sous escorte.
Cette double séquence — indiscipline interne et insécurité externe — offre un tableau presque théâtral : à l’intérieur, certains futurs juges peinent à garder l’équilibre (au propre comme au figuré); à l’extérieur, l’ordre public vacille sous les assauts des bandes urbaines.
Au-delà de la satire facile, l’épisode soulève une question sérieuse : comment restaurer la crédibilité d’une institution qui lutte déjà contre la défiance populaire, si ses propres recrues trébuchent avant même d’avoir siégé ?
En sanctionnant publiquement les écarts, le CSM semble vouloir envoyer un message : la magistrature ne doit pas être un bar ouvert.
Reste à savoir si cette fermeté ponctuelle suffira à remettre la toge sur les rails — droite, sobre et digne.
JEK

