Scandale à Bumba : Jean Pierre Lihau humilie le Gouverneur en public et salit gratuitement la Première ministre

La scène choque parce qu’elle réveille un souvenir encore à vif. L’analogie est brutale, presque indécente : à Bumba, Jean-Pierre Lihau n’a pas ôté la vie à un homme, mais il a publiquement exécuté une autorité. Et, une fois encore, la Première ministre Judith Suminwa se retrouve victime collatérale d’un spectacle dont elle n’est ni l’auteure ni la bénéficiaire.

Sous le ciel lourd de la Mongala, à l’aérodrome de Bumba, ce qui devait être une cérémonie solennelle — le lancement des travaux de modernisation par la cheffe du Gouvernement — s’est transformé en théâtre d’humiliation. Une vidéo, devenue virale sur la toile, montre le Vice-Premier ministre Jean-Pierre Lihau, notable du cru, invectivant sans retenue le Gouverneur de province.

(La vidéo de la scène peut être visionnée à ce lien : https://www.facebook.com/share/v/1DUxxgXWs6/)

Le ton est sec, la posture écrasante, le geste dominateur.

Le Gouverneur, pourtant représentant direct du Chef de l’État, est réduit à l’état d’écolier pris en faute, sous les yeux d’une foule compacte, des officiels médusés et des forces de l’ordre figées.

L’image est terrible : une autorité provinciale piétinée sur le tarmac, comme à Kinshasa, Fiston Kabeya Senda, ce policier de la circulation routière (PCR) qui fut enlevé gratuitement, molesté mortellement et plaqué sous les sièges d’un véhicule du cortège de la Première ministre. À son insu, son cortège s’était transformé en instrument de brutalité contre un policier de circulation, jusqu’à l’irréparable.

À Bumba, il n’y a pas eu mort d’homme, mais il y a eu mort symbolique de la dignité institutionnelle.

Ironie cruelle : Jean-Pierre Lihau, patron de la Fonction publique, se trouvait là non en chef hiérarchique, mais en membre de la suite de la Première ministre. En s’offrant ce sombre coup d’éclat, il n’a pas seulement humilié un Gouverneur ; il a projeté son ombre sur la cheffe du Gouvernement, éclaboussant gratuitement son image d’un autoritarisme qui n’est pas le sien.

Car, quelle que soit la raison de sa colère — fondée ou non — rien, absolument rien, ne donnait à Lihau le droit de bafouer publiquement l’autorité du Gouverneur devant ses administrés, ses collaborateurs et les services placés sous sa responsabilité. Ce geste relève moins de la fermeté que de l’arrogance, moins de la discipline que du réflexe moyenâgeux de domination.

La scène illustre une pathologie bien connue : celle de certains « roitelets » kinois qui, investis d’un fragment de pouvoir à Kinshasa, retournent au village en conquérants arrivistes, confondant notabilité locale et droit de vie institutionnelle sur tout ce qui bouge.

Jusque-là crédité de l’image d’un travailleur sérieux, aux résultats parlants et au profil technocratique, Jean-Pierre Lihau vient de flinguer son propre capital symbolique. En quelques secondes de vidéo, il a quitté la catégorie des réformateurs respectés pour rejoindre celle, encombrée, des politiciens congolais à l’ancienne : impulsifs, condescendants, persuadés que le pouvoir autorise tout parce se croyant même au-dessus de ce pouvoir.

Le policier supprimé de la vie par le cortège de la Première ministre n’avait trouvé aucun refuge face au vacarme de sa propre tragédie. Le Gouverneur de la Mongala, lui, survivra à cette humiliation gratuite, mais en portera longtemps les stigmates.

Reste une question, lancinante : qui consolera Judith Suminwa, Première ministre systématiquement fragilisée par les débordements de ceux qui sont censés être ses soutiens ?

Après Constant Mutamba, Jean-Pierre Lihau. Jusqu’à quand la cheffe du Gouvernement sera-t-elle sacrifiée sur l’autel des egos de sa propre équipe ?

JEK

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