Une tribune de Jonas Eugène Kota
En Afrique, un proverbe de Wole Soyinka devenu classique dit : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie. » À Kinshasa, l’on peine aujourd’hui à percevoir cette maxime dans la gouvernance du Gouverneur Daniel Bumba. Depuis son arrivée à la tête de la capitale congolaise, le premier citoyen de la ville semble avoir fait de l’annonce publique un mode de gouvernement, substituant aux actes concrets et aux résultats mesurables une communication déconnectée du vécu quotidien des Kinois. Bref, une gouvernance des annonces, en lieu et place des actions concrètes qui produisent des résultats mesurables.
Alors que Kinshasa sombre dans une insalubrité devenue structurelle, que les embouteillages paralysent chaque jour un peu plus la mobilité urbaine et que l’insécurité prospère dans plusieurs communes, les habitants attendent un sursaut. Ils attendent le bond du tigre, pas l’affirmation répétée de sa tigritude.
Kinshasa inondée, toujours dans le pipeline des annonces et des études
Pourtant, les déclarations officielles se multiplient, parfois jusqu’à la contradiction. Comme lors de son passage à la radio Top Congo, quand le Gouverneur Bumba s’était attribué un satisfecit étonnant : la réduction du temps d’écoulement des eaux pluviales après les averses. Une affirmation d’autant plus surprenante qu’il venait, dans la même séquence, de justifier les inondations chroniques de la ville par la prolifération des constructions anarchiques « sur les caniveaux », avant de révéler qu’il avait dépêché des émissaires à Tervuren, en Belgique, pour retrouver les cartes coloniales du réseau d’égouts de la capitale.
Le samedi 17 janvier, daniel Bumba a présidé une réunion dite stratégique avec les responsables de l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT), de l’Office des Voiries et Drainage (OVD), de la société New SOTEM, ainsi que plusieurs experts techniques spécialisés. Objectif : établir un diagnostic précis de la situation, identifier les causes structurelles des inondations récurrentes et définir des solutions urgentes et durables pour protéger les populations et les infrastructures urbaines.
Trois annonces, trois narratifs différents, et toujours la même absence d’actions structurées et de résultats tangibles. Et nulle part, les cartes coloniales de Tervuren…
La lutte contre les embouteillages : slogans, opérations et déjà… un air de déjà-vu
Dans le même registre, la lutte contre les embouteillages — fléau quotidien pour des millions de kinois — vient d’être rebrandée sous un slogan mobilisateur : « Tosa batosa yo », annoncé pour démarrer le 26 janvier. Voici une **synthèse prête à être intégrée dans votre article**, dans un style journalistique fluide et analytique, sans déformer les données :
—
Dans cette logique de gouvernance par annonces, le Gouverneur vient d’annoncer le déclenchement, à partir de ce 26 janvier, de l’opération « Tosa batosa yo » censée combattre l’incivisme routier et les embouteillages chroniques qui étouffent la capitale.
Le dispositif prévoit le déploiement de 3 000 agents — Police, Transports et Environnement — répartis sur 60 carrefours stratégiques. Les conducteurs seront soumis à un contrôle systématique de leurs documents (permis, contrôle technique, vignette, assurance, autorisation de transport et grille tarifaire).
L’opération introduit également des restrictions de circulation pour les camions de grand tonnage, limités aux tranches horaires de 22h à 5h, et seulement les lundis, mardis et mercredis. S’ajoutent des interdictions strictes : stationnement anarchique, marchés pirates sur les grandes artères, motos et tricycles bannis de la RN1 aux heures réglementées.
Et la carte des sanctions : les contrevenants s’exposeront à des amendes sévères, à l’immobilisation ou à la mise en fourrière de leur véhicule.
Une compilation d’opérations spécifiques précédentes après d’autres opérations sans bilan ni résultats
Encore un effet d’annonce d’une opération supposée d’envergure sur le papier, présentée comme partie intégrante de la vision provinciale d’assainissement de la mobilité urbaine, mais dont l’efficacité réelle reste à démontrer. Car, en réalité, « Tosa batosa yo » n’est autre qu’une compilation de précédentes opérations spécifiques – dont certaines répétées plusieurs fois comme les heures de circulation de gros camions ou les menaces d’amendes -, dont ont connaît la stérilité en termes de résultats.
« Tosa batosa yo » vient aussi comme une nouvelle annonce après une autre opération lancée le 29 septembre 2025 avec autant de pompes et de moyens : une opération dite « mixte-conjointe » qui mobilisa policiers et militaires sous des chasubles de régulation routière dont les kinois attendent toujours des résultats.
Celles-ci après une précédentes opération de la mi-2025 qui connut le déblocage d’un pactole d’au moins Usd 350.000 des actions d’urgence, incluant l’acquisition de 10 motos, la réparation de 10 bus, l’achat de 20 radios talkie-walkies, et l’utilisation de 3 drones de reconnaissance pour surveiller le trafic. Un pactole dont l’opacité alléguée de gestion fit des gorges chaudes, alors que le blocus routier demeurait impérial.
On n’oublie pas qu’au courant de cette même année, cette incapacité provinciale à faire circuler paisiblement les citoyens avait, un matin, tiré le Chef de l’Etat de sommeil, quand on le vit dialoguant à Kintambo magasin avec les usagers de la route.
Ces annonces, devenues caractéristiques de la gouvernance de bumba, interrogent d’autant plus que la régulation de la circulation à Kinshasa est assurée, depuis des années, par des unités entières de la Police nationale, parfois épaulées par la Garde républicaine, l’unité d’élite de l’armée congolaise, mais sans effet notable.
Alors, que changera réellement ce nouveau slogan ? Quelle transformation structurelle du système de mobilité urbaine est envisagée avec une compilation de solutions antérieures stériles ? La question reste entière.
Des bus, des taxis, des motos… ou une vision d’ensemble ?
Ce n’est pas tout. La ville a aussi annoncé tout dernièrement un vaste contrat avec une société indo-pakistanaise pour l’acquisition de milliers de bus, de taxis, de taxis flottants et de centaines de milliers de motos destinés à fluidifier la circulation. Une promesse spectaculaire, mais qui, dans l’opinion, reste perçue comme une nouvelle opération de communication sans matérialisation visible.
Congo Guardian s’était interrogé — à juste titre — sur le choix entre multiplier les véhicules ou concevoir une véritable réforme du système de régulation du trafic (Kinshasa face au défi de la modernité : plus d’engins ou un système à repenser ? Kinshasa face au défi de la mobilité : plus d’engins ou un système à repenser ? – Congoguardian ). Car injecter des dizaines de milliers de moyens de transport dans une ville déjà congestionnée, sans revoir la planification routière, les voies de contournement, l’organisation des carrefours, la formation des agents ou l’intégration numérique des flux, relève davantage de l’affichage que de la stratégie.
Une gouvernance enfermée dans le court terme
Au bout du compte, le constat central est que Kinshasa souffre d’un déficit structurel de gouvernance : absence de politique de planification, incapacité à faire respecter les normes urbaines, dérégulation totale du transport informel, déficit infrastructurel, faiblesse de la police de circulation, urbanisation galopante sans infrastructures correspondantes.
Face à ce tableau, la multiplication des annonces tient lieu de politique, mais ne produit ni gouvernance ni résultats. Le tigre rugit, multiplie les déclarations, mais ne bondit pas.
La communication devient alors un moyen d’auto-justification. Le Gouverneur Bumba, comme d’autres avant lui, tend à publier un récit officiel de « résultats » que les Kinois, confrontés à leurs réalités quotidiennes, peinent à reconnaître.
Ce qu’attendent les Kinois : du concret à leurs maux, pas des mots
Kinshasa n’attend plus des déclarations, elle attend un bond. Le tigre qu’incarne l’autorité urbaine doit cesser de proclamer sa tigritude et démontrer, par des actions concrètes puis des résultats mesurables, qu’il est capable de transformer la ville.
D’autant qu’en démocratie, lorsqu’un mandataire reçoit le mandat d’agir par le choix des urnes, ce mandat découle d’un programme qu’il a présenté, que le souverain primaire a accepté et « acheté ».
Ce programme est, en soi, la seule véritable grande annonce. Celle qui justifie la confiance, celle qui doit être traduite en actions, en changements concrets, en résultats visibles.
Tout le reste — les déclarations successives, les promesses réitérées, les slogans sans lendemain — ne sont que des annonces additionnelles qui, faute d’être suivies d’effet, perdent leur sens et leur légitimité.
Ce que les Kinois réclament aujourd’hui est simple : le passage du verbe à l’acte. Des rues propres, une circulation fluide, une capitale où l’on se sent en sécurité ; etc., bref, du concret aux maux, pas des mots…sur les maux !
Le reste n’est que rugissements.

