L’irruption brutale des combattants du M23, appuyés par l’armée rwandaise (RDF), dans la ville d’Uvira la semaine dernière, a provoqué un drame humanitaire de grande ampleur. En l’espace de quatre jours seulement, près de 40 000 Congolais ont fui la région du Sud-Kivu pour se réfugier au Burundi voisin, dans des conditions décrites comme « catastrophiques » par les humanitaires présents sur place.
Selon une enquête de TV5MONDE réalisée dans les camps de transit burundais, hommes, femmes et enfants dorment à même le sol, sans eau, sans nourriture, sans toilettes, sans médicaments, et exposés aux intempéries. « Nos enfants souffrent de la malaria. Il n’y a pas d’assistance alimentaire depuis notre arrivée », témoigne une mère de sept enfants, arrivée de Sange après avoir fui l’avancée rebelle.
Une offensive qui viole l’accord de paix de Washington
Cette nouvelle vague de déplacés intervient à peine une semaine après la signature à Washington d’un accord de désescalade entre la RDC et le Rwanda, sous l’égide du président Donald Trump. Le texte, approuvé par Kigali, engageait pourtant les deux parties à cesser les offensives transfrontalières et à stopper tout appui militaire à des groupes armés.
Or, sur le terrain, la réalité est tout autre : des chars, pick-up et combattants du M23 filmés dans Uvira ; des positions FARDC attaquées ; des militaires burundais engagés ; des civils contraints à la fuite et d’autres tués de les brefs accrochages signalés.
Pour la population rencontrée par TV5MONDE, la responsabilité est clairement identifiée : les offensives M23/RDF constituent une « trahison » des engagements pris à Washington et plongent à nouveau la région dans l’instabilité.
Cette violation a suscité une réprobation quasi unanime des partenaires internationaux, des chancelleries occidentales jusqu’aux institutions européennes, qui avaient salué l’accord comme une « opportunité historique » de stabilisation.
L’exode vers le Burundi : une survie précaire
Malgré l’annonce de la fermeture de la frontière par Bujumbura, les réfugiés n’ont cessé d’affluer depuis le 5 décembre. Les autorités du HCR parlent d’un afflux « exceptionnel, rapidissime et composé de familles entières » vers ce pays déjà en forte crise économique due aussi bien à la crise sécuritaire autour d’Uvira, sa principale porte d’entrée économique, qu’à l’embargo dont le pays est frappé. La hausse du prix du carburant y a aggravé la pauvreté.
Dans le camp de Kansega, à deux heures de Bujumbura, certains réfugiés témoignent de scènes insoutenables : corps aperçus sur la route, enfants sans nourriture, excréments autour des zones de couchage, pluies continues, risques d’épidémies imminentes.
« Nous trouvons des matières fécales à côté de nous. Cela va créer des maladies. Nous avons tout perdu », explique un déplacé venu de Luvungi, avant d’en appeler directement au président américain : « Que Donald Trump nous vienne en aide. Qu’il demande à Paul Kagame de cesser la guerre en RDC. »
Le Burundi en première ligne, mais à bout de moyens
Les autorités burundaises ont laissé les réfugiés franchir la frontière, tout en rappelant le manque de moyens. Le HCR parle d’un dispositif d’urgence « totalement temporaire », faute de budgets disponibles en fin d’année.
Un site plus durable doit ouvrir prochainement à Bweru, pour « redonner un minimum de dignité » aux familles, mais les transferts dépendront : de l’évolution militaire autour du M23, de la coopération RDC-Burundi, et des options diplomatiques régionales.
Une crise qui s’étend et menace la stabilité régionale
Si certains Congolais ont fui vers Fizi et Kalemie, d’autres n’ont eu que le Burundi comme voie de salut. Le risque de contagion sécuritaire est réel : implication de militaires burundais dans les combats, fuites de soldats FARDC avec armes et munitions, circulation incontrôlée de civils armés, risque de tensions bilatérales supplémentaires.
Pour les acteurs civils interrogés, si le Burundi cesse de coopérer avec Kinshasa, le retour des réfugiés sera impossible — Uvira n’étant accessible que par cette frontière.$
Une crise humanitaire imputable aux forces d’agression
Au-delà des statistiques, la situation révèle un point central : c’est l’offensive du M23 et de l’armée rwandaise — en violation directe des engagements internationaux — qui a provoqué la panique, les déplacements de masse et l’effondrement des conditions humaines.
Ces attaques sapent l’intégrité territoriale de la RDC, le fragile processus de Washington, les appels américains à la cessation des hostilités, et les initiatives régionales en cours (Luanda, Doha, Lomé).
En dénonçant ce cycle de violence, les réfugiés eux-mêmes résument le fond du drame : « Ce n’est pas bon de vivre dans un pays qui n’est pas le tien. Donnez-nous la paix pour qu’on rentre chez nous. »
JEK

