Par Jonas Eugène Kota
Washington hausse le ton. Dans un message bref mais lourd de sens publié sur son compte X, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a averti que les États-Unis passeront à l’action face aux violations des accords de Washington par le Rwanda dans l’est de la République démocratique du Congo. « Les actions du Rwanda dans l’est de la RDC constituent une violation claire des Accords de Washington signés par le président Trump, et les États-Unis prendront des mesures pour veiller à ce que les promesses faites au Président soient tenues », a-t-il écrit, sans ambiguïté.
Cette déclaration publique marque une nouvelle étape dans le durcissement de la position américaine, déjà exprimée avec une rare fermeté au Conseil de sécurité des Nations unies. Lors de la réunion d’urgence consacrée à la dégradation sécuritaire en RDC, l’ambassadeur américain par intérim, Michael Waltz, avait ouvertement accusé Kigali de soutenir militairement le M23, affirmant que des troupes rwandaises opéraient aux côtés des rebelles, notamment autour d’Uvira, au Sud-Kivu. Washington avait alors parlé de « sabotage délibéré » des accords de paix tout juste signés dans la capitale américaine.
Selon les États-Unis, ces violations ne relèvent plus du doute. Au Conseil de sécurité, Michael Waltz avait évoqué des informations « crédibles » faisant état de l’utilisation d’armes sophistiquées, de drones suicides, d’artillerie lourde et même de missiles sol-air, ainsi que d’une implication directe des Forces de défense rwandaises dans la planification et l’exécution des offensives du M23. Des faits jugés incompatibles avec les engagements pris à Washington sous l’égide américaine.
Le message de Marco Rubio s’inscrit ainsi dans la continuité de cette ligne offensive : Washington ne se contentera plus d’appels à la retenue. « Nous utiliserons tous les outils à notre disposition », avait déjà prévenu Michael Waltz devant le Conseil, en exigeant le retrait immédiat des forces rwandaises du territoire congolais. Sans détailler à ce stade la nature des mesures envisagées, les États-Unis laissent planer la menace de décisions diplomatiques, politiques, voire économiques, destinées à contraindre Kigali à respecter ses engagements.
Au-delà du cas rwandais, l’enjeu est aussi celui de la crédibilité américaine. Les accords de Washington, signés sous l’impulsion directe de la Maison-Blanche, sont présentés comme un pilier central de la désescalade dans la région des Grands Lacs. Leur violation ouverte, quelques jours seulement après leur signature, met à l’épreuve l’autorité des États-Unis en tant que facilitateur et garant du processus. En affirmant publiquement que des mesures seront prises, Marco Rubio envoie un signal clair : Washington ne laissera pas ces accords devenir lettre morte.
Pour Kinshasa, cette prise de position américaine renforce la pression internationale sur Kigali, alors que la RDC accuse depuis des mois le Rwanda de mener une guerre par procuration via le M23. Pour la région, elle souligne surtout un tournant : la crise de l’est congolais n’est plus seulement un conflit local ou régional, mais un test majeur pour la parole donnée et pour la capacité des grandes puissances à faire respecter les accords qu’elles parrainent.
Reste désormais à savoir quelles « mesures » concrètes les États-Unis sont prêts à engager. Une chose est certaine : en liant explicitement le respect des accords de Washington à l’autorité du président Trump lui-même, l’administration américaine transforme la crise de l’est de la RDC en un enjeu diplomatique de premier plan, où le temps des avertissements semble toucher à sa fin.

