RDC : Voici l’état de la Nation brossé par Félix Tshisekedi

Condensé réalisé par Jonas Eugène Kota

Conformément aux dispositions constitutionnelles, le Président de la République a prononcé, ce lundi 8 décembre devant les deux chambres réunies en Congrès, son discours sur l’état de la Nation. Un discours dense, solennel et volontariste, livré dans un moment politique particulièrement chargé.

Il intervenait, en effet, au lendemain de l’entérinement à Washington de l’Accord de paix entre la RDC et le Rwanda, conclu avec son homologue Paul Kagame, mais aussi après la signature de deux accords bilatéraux majeurs avec les États-Unis — l’un sécuritaire, l’autre économique et minier — ainsi que d’un accord tripartite RDC–Rwanda–États-Unis sur l’exploitation minière.

Dans ce contexte inédit mêlant tensions régionales, avancées diplomatiques, recomposition géopolitique et repositionnement stratégique de la RDC sur la scène internationale, Félix-Antoine Tshisekedi a présenté un état de la Nation à la fois lucide, grave et porteur d’ambition.

Un pays en guerre, mais résilient

Abordant d’entrée de jeu la question sécuritaire, véritable urgence nationale, le Chef de l’État a qualifié l’année 2025 de « l’une des périodes les plus sombres de ces dernières décennies » en raison de l’offensive de la coalition AFC/M23 soutenue par le Rwanda. Il a dénoncé « une entreprise organisée de prédation de nos ressources naturelles et de déstabilisation de nos institutions » ainsi que des « violations graves et systématiques des droits humains » perpétrées contre les populations de l’Est.

Rendant hommage aux victimes, il a affirmé : « Votre souffrance ne nous est ni étrangère ni indifférente ; l’État est, et restera, à vos côtés ». Il a également salué les FARDC et les patriotes Wazalendo, dont « le courage et le patriotisme forcent le respect et l’admiration ».

Accords de Washington et processus de paix : fermeté et diplomatie

Poursuivant son adresse, le Président est revenu sur les avancées diplomatiques ayant marqué l’année. Il a rappelé que « ces accords ne consacrent aucune forme de partage de notre souveraineté » et qu’ils « ne sauraient être interprétés comme une amnistie déguisée » pour les auteurs de crimes graves.

Concernant l’accord RDC–Rwanda, il souligne qu’il est adossé à la résolution 2773 du Conseil de sécurité, laquelle « condamne explicitement l’agression du Rwanda contre la République Démocratique du Congo ».

À propos de l’accord de Doha avec l’AFC/M23, il explique qu’il vise « le cantonnement, le désarmement, la démobilisation et la réintégration » des combattants, dans une logique de restauration complète de l’autorité de l’État.

Une diplomatie en pleine ascension

Après le volet sécuritaire et les accords de paix, Tshisekedi s’est attardé sur le repositionnement international du pays. Il a déclaré : « La voix de la République Démocratique du Congo compte à nouveau dans le concert des nations » , rappelant l’élection du pays au Conseil de sécurité avec 183 voix.

Tshisekedi a résumé la ligne diplomatique ainsi : « La paix dans les Grands Lacs est la condition non négociable de la prospérité du continent — une paix fondée sur la justice, portée par la vérité et garantie par le respect de notre souveraineté ».

Quant au partenariat stratégique conclu avec les États-Unis, il affirme qu’il s’agit d’« un approfondissement sans précédent » fondé sur « la confiance, la transparence et la convergence de nos intérêts ».

Stabilité macroéconomique et réformes financières

Changeant de registre pour aborder les performances économiques, Tshisekedi s’est félicité de la résistance du pays malgré les chocs sécuritaires : « Notre économie n’a pas cédé. Elle a tenu, elle a résisté, et dans plusieurs domaines, elle a progressé ».

Il a souligné que le franc congolais a retrouvé une stabilité « que notre peuple n’avait plus connue depuis de longues années » et que la croissance de 2025 « se situe au-dessus de la moyenne de l’Afrique subsaharienne ».

Pouvoir d’achat : baisse des prix et lutte contre la vie chère

Dans le prolongement des questions économiques, le Chef de l’État a illustré les résultats concrets enregistrés dans la vie quotidienne : « Le litre d’essence est passé de 2 990 CDF à 2 440 CDF » dans la zone Ouest, avec des effets immédiats sur le transport.

Il a qualifié ces réformes de « combat pour le pouvoir d’achat qui se mesure chaque jour dans la vie des ménages ».

Infrastructures, énergie et transports : le pays change d’échelle

Pour donner suite à cette dynamique économique, le Président a mis en lumière les progrès réalisés dans les secteurs structurants. En matière d’énergie, il a insisté sur le tournant historique : « En 2019, seuls 9% de nos compatriotes avaient accès à l’électricité. En 2025, nous sommes à 21,5% » — soit « la progression la plus rapide de notre histoire ».

Le redémarrage du groupe G25 d’Inga II est présenté comme « une démonstration éloquente de la puissance énergétique de notre pays ». Sur les transports, il a salué « la renaissance du rail congolais » après la reprise du trafic voyageurs sur Matadi–Kinshasa.

PDL-145T et développement local : un chantier à poursuivre

Revenant ensuite à l’action du gouvernement sur le terrain, Tshisekedi a évoqué les avancées et les défis du PDL-145T. S’il reconnaît les retards, il affirme : « Je ne minorerai pas ce constat. Il nous oblige à rétablir une gouvernance exigeante fondée sur la rigueur, la transparence et la redevabilité ».

Il réitère son objectif : « Accélérer l’achèvement de l’ensemble des infrastructures prioritaires d’ici 2026 ».

Urbanisme : désengorger Kinshasa

Abordant ensuite la question cruciale de l’urbanisme, Tshisekedi a décrit sans détour les défis : « Les embouteillages de Kinshasa sont devenus un défi national de gouvernance » et « l’insalubrité expose nos populations à des risques inacceptables ».

L’extension vers Maluku est présentée comme « une nécessité de bon sens » pour restaurer « la fluidité, la sécurité et la dignité de la vie urbaine ».

Éducation : consolidation de la gratuité et modernisation

En matière sociale, et particulièrement dans le secteur éducatif, le Chef de l’État rappelle : « Nous avons amélioré la condition de celles et ceux qui portent la gratuité au quotidien : les enseignants ».

Il met en avant une révolution numérique : « Notre pays est l’un des premiers en Afrique à avoir mis en place un système de correction de l’Examen d’État basé sur l’Intelligence artificielle » et un « diplôme électronique sécurisé par Blockchain ».

Santé : cap sur la Couverture Santé Universelle

Toujours sur le plan social, la gratuité des accouchements est qualifiée d’« avancée sociale décisive » ayant déjà permis la prise en charge de « plus de 2,6 millions d’accouchements ».

Tshisekedi a également salué la réponse sanitaire nationale : « La RDC a une nouvelle fois démontré sa maîtrise des crises sanitaires » après l’éradication rapide d’une flambée d’Ébola.

Administration publique : une réforme historique

Enfin, revenant sur la modernisation de l’État, le Président affirme avoir réalisé « l’identification biométrique de l’ensemble des agents publics », offrant pour la première fois « une vision exacte et exhaustive des effectifs de l’État ».

Il insiste sur un tournant décisif : « Nous avons engagé un rajeunissement qualitatif de l’administration » et accéléré « la numérisation et la simplification des procédures » pour rapprocher l’État des citoyens.

Un message d’espoir et de responsabilité

En conclusion, Tshisekedi a rappelé la priorité absolue : « Tant qu’un seul village, tant qu’un seul quartier de ce pays restera sous la menace des armes illégales, je considérerai que notre tâche n’est pas achevée. » Il a appelé à la mobilisation collective : « La République doit voir chacun de ses enfants, le protéger et l’accompagner dans son effort de vivre mieux ».

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