En déplacement en Serbie vendredi, le président Félix Tshisekedi a clarifié devant la diaspora congolaise sa ligne politique et diplomatique à l’approche de la signature, jeudi prochain à Washington, d’un accord bilatéral avec son homologue rwandais Paul Kagame, sous l’égide des États-Unis. Un discours sans ambiguïté, mêlant volonté de désescalade régionale et fermeté sur les principes essentiels de souveraineté.
Le chef de l’État a confirmé qu’il fera le déplacement à Washington pour « entériner l’accord signé avec le Rwanda sous l’égide des États-Unis et qui a déjà été rendu public en toute transparence ». Une manière de rappeler que Kinshasa avance dans ce processus sans zones d’ombre, contrairement aux suspicions qui entourent souvent les négociations sécuritaires dans la région.
Mais Tshisekedi a immédiatement balayé toute interprétation hasardeuse sur l’éventualité d’arrangements internes avec le M23 : pas question de brassage ni de mixage. « Ne vous laissez pas berner : on ne fera ni brassage ni mixage », a-t-il insisté.
Le chef de l’État marque ainsi une ligne rouge inflexible, rompant avec les pratiques antérieures d’intégration de groupes armés dans l’armée nationale — un mécanisme désormais perçu à Kinshasa comme un moteur de cycles de rébellion.
Sur le volet régional, le président congolais a replacé l’accord de Washington dans sa vision stratégique : celle d’une intégration régionale qu’il dit avoir portée dès son accession au pouvoir. « L’intégration régionale, c’est tout ce que j’ai désiré dès mon accession au pouvoir, mais ils nous ont poignardé dans le dos en 2022 », a-t-il affirmé, évoquant la résurgence du M23 et l’implication du Rwanda dénoncée par Kinshasa.
Pour Tshisekedi, la coopération régionale reste souhaitable, mais elle ne peut s’envisager dans un climat de méfiance ou sous pression militaire. Il a réaffirmé les conditions de base : le respect de la souveraineté de la RDC, le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et la restauration de la confiance mutuelle. « On ne fait pas de commerce régional sans paix ni confiance rétablie », a-t-il rappelé, liant directement les avancées économiques à la désescalade sécuritaire.
Ces déclarations interviennent alors que Kigali envoie des signaux qualifiés d’« ambigus » par plusieurs observateurs. Lors de sa conférence de presse jeudi dernier à Kigali, Paul Kagame a en effet confirmé implicitement la présence de troupes rwandaises au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, tout en affirmant être prêt à les retirer… mais à certaines conditions.
Le président rwandais a laissé entendre qu’il envisageait un échange entre ce retrait et ce que la RDC « détiendrait et qui reviendrait au Rwanda ». Sans jamais préciser publiquement de quoi il s’agit, Kagame a ajouté que « tout sera discuté à Washington ».
Une posture qui soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de clarté, nourrissant l’idée d’une volonté de paix à géométrie variable et d’un rapport de force maintenu sur le terrain.
À quelques jours de la rencontre de Washington, les positions des deux chefs d’État apparaissent donc contrastées : une RDC qui affiche une transparence accrue et des lignes rouges nettes, et un Rwanda qui reconnaît sa présence militaire en territoire congolais tout en conditionnant son retrait à des éléments non explicités.
Pour Kinshasa, l’enjeu est clair : rétablir la souveraineté et stopper les ingérences. Pour Kigali, la sortie de crise semble indissociable d’un marchandage encore flou.
La signature de Washington devra trancher entre ces deux logiques.

