Échaudée par des accords signés sans effets, la RDC affiche désormais une fermeté inédite : plus de compromis symboliques, mais des actes tangibles sur le terrain avant tout engagement. Kinshasa place la souveraineté au-dessus de toute pression diplomatique.
La République démocratique du Congo (RDC) campe sur une ligne rouge claire : aucun accord avec le Rwanda ne sera signé tant que les troupes rwandaises ne se seront pas totalement retirées du territoire congolais. C’est ce qu’a réaffirmé le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, dans une interview accordée à Radio France Internationale (RFI), estimant qu’« il n’est pas concevable que le président Félix Tshisekedi se rende à Washington pour parapher un accord de paix sans retrait préalable des forces étrangères présentes illégalement en RDC ».
Cette déclaration intervient à la veille de discussions bilatérales annoncées à Washington, censées ouvrir une nouvelle phase de dialogue entre Kinshasa et Kigali, sous la médiation américaine. Mais du côté congolais, la prudence domine. « La paix ne peut pas se construire sur l’occupation », a martelé Muyaya, rappelant que la souveraineté nationale demeure une ligne non négociable.
Une position déjà exprimée à Kinshasa
Ce n’est pas la première fois que Kinshasa conditionne la signature d’un accord au retrait des troupes rwandaises. Déjà, lors des pourparlers autour du protocole de coopération économique régionale, la RDC avait posé cette exigence comme préalable. Pourtant, ce texte avait fini par être signé sans que le retrait militaire promis ne soit effectif, suscitant un vif débat à l’intérieur du pays sur la cohérence de la diplomatie congolaise face à Kigali.
L’ombre de Doha
Le rappel de cette fermeté s’inscrit aussi dans un contexte marqué par la signature manquée d’un nouveau protocole d’accord à Doha, où la délégation congolaise ne s’était finalement pas présentée. Ce boycott diplomatique, perçu comme un signal fort, traduisait déjà la volonté du gouvernement Tshisekedi de ne plus cautionner de processus jugés déséquilibrés ou imposés sous pression internationale.
Kinshasa exige des actes
Pour Kinshasa, les initiatives diplomatiques ne peuvent désormais progresser qu’à la condition d’un désengagement vérifiable des troupes rwandaises opérant aux côtés du mouvement rebelle M23 dans l’Est de la RDC. Le gouvernement congolais exige également des garanties claires sur la cessation du soutien logistique et militaire de Kigali à ces groupes armés.
« Le président Tshisekedi reste attaché à la paix, mais une paix juste et fondée sur la vérité », a insisté Patrick Muyaya sur RFI.
Alors que Washington plaide pour un apaisement rapide des tensions régionales, la RDC entend cette fois faire primer la logique de souveraineté sur celle des compromis hâtifs. L’échec des précédents accords, souvent signés sous contrainte diplomatique, nourrit aujourd’hui la détermination congolaise à conditionner tout engagement à des gestes concrets sur le terrain.
Jonas Eugène Kota

