Les provinces congolaises s’enlisent dans des luttes intestines où la politique de couloirs supplante le service public. Face à cette dérive institutionnelle qui paralyse l’administration territoriale, la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a décidé de prendre le taureau par les cornes.

En recevant les présidents des assemblées provinciales ce lundi, la Cheffe du Gouvernement a voulu s’attaquer non plus aux effets visibles de la crise, mais à ses causes profondes — celles qui minent, depuis des années, la stabilité et la crédibilité du pouvoir local.
Des institutions provinciales en crise de légitimité
À travers le pays, les assemblées provinciales se sont transformées en champs de bataille politiques. Gouverneurs destitués au gré des humeurs, motions montées de toutes pièces, alliances opportunistes : la vie institutionnelle locale ressemble à une succession de manœuvres plutôt qu’à un exercice démocratique.
Cette instabilité chronique mine la confiance des citoyens et freine toute dynamique de développement.
Le constat est partagé même par les principaux acteurs. Mateus Kanga, président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo et porte-parole de la délégation reçue à la Primature, a reconnu la gravité du mal : « Nous avons demandé à la Première Ministre d’aller au-delà des discours et d’identifier les véritables causes de cette instabilité. Il faut établir un diagnostic clair pour proposer une thérapie adaptée. »
Judith Suminwa recadre : “le contrôle parlementaire n’est pas un champ de vengeance”
L’entretien aura aussi été l’occasion pour la Première Ministre d’adresser un rappel ferme aux élus provinciaux. Judith Suminwa a insisté sur la nécessité de dissocier le contrôle parlementaire de tout esprit de règlement de comptes. « Les assemblées doivent exercer leur rôle de contrôle, mais dans le respect des normes et des procédures établies », a-t-elle souligné, invitant les responsables provinciaux à faire preuve de discernement, surtout dans un pays “en guerre dans sa partie Est”.
Derrière cette mise au point, c’est une critique à peine voilée des comportements opportunistes de certains députés qui, sous couvert de contrôle, cherchent à affaiblir leurs exécutifs ou à marchander leur soutien. Une dérive que la Cheffe du Gouvernement entend désormais combattre frontalement.
L’État interpellé sur ses propres manquements
Mais la crise provinciale ne relève pas uniquement des acteurs locaux. Les institutions centrales sont elles aussi en cause. En sept mois d’arriérés de salaires, les députés provinciaux témoignent d’une réalité : l’État a, trop longtemps, négligé les bases de la décentralisation.
Sans moyens, sans suivi et sans accompagnement financier, les institutions provinciales sont condamnées à l’improvisation.
La délégation des présidents des assemblées provinciales a donc réclamé l’intervention directe de la Première Ministre pour débloquer cette situation intenable. Judith Suminwa s’y est engagée, consciente que la stabilité provinciale est un pilier essentiel de la gouvernance nationale.
Vers une refondation de la gouvernance locale
Cette rencontre marque un tournant. Judith Suminwa semble vouloir reprendre en main un système devenu incontrôlable, rongé par le clientélisme et l’instrumentalisation politique. Son message est clair : la province ne peut plus être le maillon faible de l’État.
Elle appelle à une gouvernance fondée sur la discipline institutionnelle, la redevabilité et la transparence. L’objectif : restaurer la crédibilité de l’État jusque dans ses derniers relais administratifs.
Judith Suminwa sait que la tâche est immense. Mais en décidant de “voir clair”, elle ouvre une brèche d’espoir dans un paysage politique provincial où l’opacité, les alliances de circonstance et la soif de pouvoir ont longtemps pris le pas sur le service public.
Jonas Eugène Kota

