C’est une ambiance de délire au rond-point Ngaba. Entre les cris des vendeuses qui s’égosillent pour attirer les clients et les discussions animées autour des étals, une nouvelle rumeur parcourt le marché : « Le franc congolais reprend des forces ! » Et ça se voit. Les prix, qui grimpaient hier encore comme des fusées, dégringolent enfin, au grand bonheur des ménagères.
« Mama, venez vite ! Le maïs est à 2.000 francs seulement ! », crie une vendeuse, brassant de ses mains agiles les grains jaunes étincelants sous le soleil de midi. Il y a quelques jours encore, la même mesurette coûtait 3.500 francs.

Gisèle Nsonsa, vendeuse au marché, ne cache pas sa joie : « Le sac de 50 kilos qui partait à 230.000 est maintenant à 170.000. Vous imaginez ? Les familles respirent, enfin ! » dit-elle, le regard pétillant, tout en servant un client pressé.
Le panier qui s’allège, les sourires qui reviennent
Le sucre suit la danse : 15.000 francs au lieu de 18.000. Le riz Lion (25 kg), autrefois 65.000, se vend aujourd’hui à 55.000. La semoule, qui frôlait les 65.000, tombe à 47.000 francs.
Au marché Zigida, l’ambiance est la même. Dans une petite boutique aux étagères surchargées, un commerçant brandit fièrement un bidon d’huile Regina : « Regardez, c’était 32.000, maintenant c’est 28.000. Même le carton de tomate Lion est tombé à 43.000 ! »

Dans les allées bondées, les mamans comparent les prix, échangent des sourires, négocient encore. « C’est comme si on nous avait enlevé un poids du dos », confie une mère de quatre enfants, coinçant son sac de semoule entre ses jambes pour éviter de se le faire voler.
Même le ciment baisse
Chose rare : même le sac de ciment, précieux pour les bâtisseurs de la capitale, suit le mouvement. De 30.000, ils sont descendus à 26.000 francs. « Enfin, on peut relancer les chantiers sans pleurer au dépôt », ironise un jeune maçon croisé à Zigida.
Le dollar recule, le franc se relève
En toile de fond de ces embellies, la monnaie nationale reprend de la vigueur. Dans les communes périphériques, le dollar se change désormais à 2.500 francs. Au centre-ville, il se maintient à 2.600. Rien à voir avec les semaines de tourmente où la devise américaine dictait sa loi dans chaque transaction.
Un économiste rencontré dans la cohue du marché explique à sa manière : « La Banque centrale a frappé fort. Elle a sorti les dollars, réduit la masse de francs. Résultat : l’offre est là, la demande baisse, et notre monnaie se tient debout. »
Entre joie et vigilance, une bouffée d’optimisme
Pourtant, au milieu de cette euphorie, la prudence reste de mise. Gisèle, la vendeuse de Ngaba, met en garde : « Que le gouvernement ouvre bien l’œil ! Parce que certains commerçants aiment profiter de ces baisses pour inventer des pénuries. On veut que cette embellie dure, pas qu’elle disparaisse dans la spéculation. »
Dans les marchés de Kinshasa, on n’entend plus seulement les cris de vente, mais aussi des éclats de rire et des soupirs de soulagement. Le panier de la ménagère s’allège, les familles retrouvent un peu de souffle et le franc congolais, tant malmené, signe un retour en force qui redonne fierté et espoir.
Aujourd’hui, Kinshasa peut légitimement aspirer à une trêve avec la vie chère. Et dans la poussière des marchés, ça se fête… à coups de riz, de semoule et de sucre de plus en plus accessibles. Enfin.
JDW

