La crise qui couve au sein de la famille politique du chef de l’État s’est brutalement révélée avec les pétitions visant les présidents des deux chambres du Parlement et plusieurs membres du bureau de l’Assemblée nationale. Alors que le pays observe, le Président de la République, en tant que garant du bon fonctionnement des institutions et chef de la majorité présidentielle, était attendu pour apporter une suite à ces tensions.
Mais lors d’une rencontre avec les auteurs des pétitions au siège de l’UDPS, Augustin Kabuya, Secrétaire général et Président a.i du parti présidentiel, a déclaré qu’il allait en référer à l’autorité morale, c’est-à-dire Félix Tshisekedi, pour déterminer la conduite à tenir. Ce faisant, Kabuya a exposé le chef de l’État comme partie prenante de la crise, alors que ce dernier est censé rester au-dessus de la mêlée.
Ayant peut-être constaté cet impair, Kabuya a tenté de désamorcer la situation en convoquant une « matinée » politique le week-end dernier, prétextant que le parti présidentiel ne disposait pas des 232 députés nécessaires pour porter la responsabilité des pétitions. Mais cette dénégation maladroite n’a fait que renforcer l’impression que les faucons de l’UDPS, Kabuya en tête, tirent réellement les ficelles derrière cette offensive.
Les observateurs soulignent que cette manœuvre n’est pas anodine : aucun membre du bureau visé par les pétitions n’est proche du parti présidentiel, ce qui confirme que l’offensive émane davantage des forces internes au parti que des élus ciblés. « C’est bien son style », commente un analyste politique à Kinshasa, en référence à la manière dont Kabuya centralise les décisions et manipule les rapports de force.
Au final, cette stratégie a exposé Félix Tshisekedi à un dilemme : rester au-dessus de la mêlée ou devenir, malgré lui, acteur de la crise qui secoue sa majorité parlementaire. Et pour l’instant, chaque tentative de démenti ou de clarification semble plus enfoncer le parti dans l’impasse, renforçant l’image d’un tsunami politique en gestation au cœur même de la famille présidentielle.

