RDC : Judith Suminwa lance une campagne de sensibilisation pour l’instauration de l’Impôt sur les Sociétés et de l’IRPP

Dans une démarche visant à moderniser son système fiscal et à renforcer ses capacités de financement interne, la République Démocratique du Congo (RDC) a officiellement lancé ce jeudi une ambitieuse réforme de la fiscalité directe. Pilotée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, cette initiative marque un tournant dans la politique économique du pays, qui abandonne un système datant de 1969 pour se conformer aux standards internationaux.

Lors d’une cérémonie tenue à Kinshasa en présence du ministre des Finances Doudou Fwamba et du directeur général des Impôts Barnabé Muakadi, le gouvernement a dévoilé les contours de cette réforme, qui introduit deux nouveaux impôts : l’Impôt sur les Sociétés (IS) et l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP). Entrant en vigueur le 1er janvier 2026, ces instruments s’accompagnent de l’adoption d’une facture normalisée, destinée à renforcer la transparence et à lutter contre la fraude.

Une modernisation attendue depuis des décennies

« Depuis plus d’un demi-siècle, notre pays a fonctionné avec un système fiscal singulier qui ne distinguait pas clairement la fiscalité des sociétés de celle des personnes physiques », a expliqué Judith Suminwa lors de son discours. Elle a pointé du doigt les disparités et les injustices générées par l’ancien système, où deux personnes avec le même revenu pouvaient payer des impôts différents selon la nature de leurs activités.

Ce système archaïque, hérité de l’ordonnance-loi de 1969, a non seulement favorisé l’incivisme fiscal et la corruption, selon la cheffe du gouvernement, mais il a aussi limité la capacité de l’État à mobiliser des recettes indispensables au financement des services publics.

Un impératif économique et social

La réforme s’inscrit dans une stratégie plus large de consolidation des finances publiques et de financement du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028, qui couvre des domaines prioritaires tels que la sécurité, les infrastructures et les politiques sociales.

« La réforme de la fiscalité directe et l’introduction de la facture normalisée sont deux instruments essentiels pour moderniser notre système fiscal et renforcer les capacités financières de l’État », a souligné la Première ministre. Elle a ajouté que cette modernisation était nécessaire pour aligner la RDC sur les normes internationales et améliorer son attractivité économique.

Concertation avec le secteur privé

Consciente des craintes que peut susciter une telle réforme chez les investisseurs et les entreprises, Judith Suminwa a appelé à une collaboration étroite avec le secteur privé. « J’invite le ministère des Finances, à travers la DGI, à conduire ces réformes dans un esprit de concertation avec le secteur privé afin de préserver le climat des affaires », a-t-elle déclaré.

Cette approche dialoguue vise à rassurer les opérateurs économiques tout en garantissant la mise en place d’un système plus équitable et efficient.

Entrée en vigueur fixée au 1er janvier 2026

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a confirmé le calendrier : la loi n°23/053 du 30 novembre 2023, qui institue l’IS et l’IRPP, entrera en vigueur au début de l’année prochaine. Cette année de transition doit permettre une large campagne de vulgarisation et de préparation auprès des administrations, des entreprises et des contribuables.

Les observateurs économiques internationaux suivent avec attention cette évolution, perçue comme un test de la capacité de la RDC à réformer ses institutions et à améliorer sa gouvernance économique. Si elle est correctement mise en œuvre, cette réforme pourrait significativement augmenter les recettes fiscales – aujourd’hui parmi les plus faibles d’Afrique en proportion du PIB – et consolider la crédibilité budgétaire du pays.

Pour Kinshasa, il s’agit ni plus ni moins de poser les bases d’un État capable de se financer par lui-même, réduisant sa dépendance aux ressources extractives et aux financements externes. Un défi de taille, mais nécessaire pour assurer une croissance inclusive et durable.

JDW

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