C’est une véritable révolution silencieuse qui s’opère au cœur de la République démocratique du Congo. Longtemps oubliée, la province du Sankuru entre enfin dans l’ère des grands travaux grâce au chantier de modernisation de la Route Nationale 42 (RN42), reliant Lusambo au Lac Mukamba sur 128 kilomètres. Un projet porté par le partenariat sino-congolais SICOMINES, sous la supervision de l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT).

Des travaux techniques de grande envergure
Sur le terrain, les bulldozers et niveleuses sont déjà à l’œuvre entre Lusambo et Bakwambumba, un tronçon de 60 km officiellement lancé en avril dernier, ainsi qu’entre Lac Mukamba et Lusambo, où les premiers kilomètres modernisés sortent de terre. Les travaux atteignent déjà près de 25 % d’avancement sur certains segments.
Les équipes de SINOHYDRO, sous-traitante de SISC S.A., exécutent des opérations de terrassement lourd, de caniveaux en maçonnerie de moellons, et de bétonnage de propreté, étapes préalables au revêtement définitif de la chaussée. Les zones les plus vulnérables, identifiées comme “points chauds”, bénéficient de traitements spécifiques : sur le tronçon Lusambo-Bakwambumba, 31 points critiques ont été recensés, dont 29 têtes d’érosion nécessitant des corrections de fond pour sécuriser la plateforme routière.
Parallèlement, l’approche HIMO (Haute Intensité de Main-d’œuvre) est appliquée sur certains tronçons, mobilisant la jeunesse locale autour de tâches de débroussaillage, de stabilisation manuelle des talus et d’entretien des pistes provisoires. Cette méthode combine efficacité, réduction des coûts et retombées sociales directes.
Une première depuis l’époque coloniale
Jamais depuis les temps de l’administration coloniale, cette partie du territoire n’avait connu d’investissements routiers d’une telle envergure. Le Sankuru, province stratégique mais enclavée, voit pour la première fois ses terres éventrées par des engins de chantier. Là où la route n’était qu’un tracé poussiéreux parsemé de ravins, les premiers kilomètres bétonnés et canalisés apparaissent.

Des effets structurants sur le territoire
Au-delà du symbole, les effets attendus sont considérables. La RN42 désenclavera une province longtemps marginalisée, ouvrant un axe vital vers le réseau national (N1) et créant un corridor économique entre le centre et l’ouest du pays. Les zones de production agricole du Sankuru – manioc, maïs, huile de palme, produits forestiers – pourront désormais atteindre plus rapidement les marchés du Kasaï, de Kinshasa, et même des pays voisins.
La logistique humanitaire et sanitaire en sortira également renforcée : acheminer des médicaments, du matériel scolaire ou du carburant ne relèvera plus de l’exploit. Les coûts de transport baisseront, et avec eux les prix de consommation pour des populations jusqu’ici condamnées à l’isolement.
Une impulsion pour l’économie nationale
À l’échelle nationale, cette réhabilitation s’inscrit dans la stratégie de modernisation des infrastructures financées par le partenariat sino-congolais, pierre angulaire de la relance économique congolaise. La route, artère vitale, constitue un levier de croissance et d’intégration : elle permettra une meilleure fluidité des échanges, réduira les pertes post-récolte et soutiendra l’émergence de petites et moyennes entreprises locales.
Par ailleurs, l’approche HIMO appliquée sur certains tronçons favorise l’emploi direct des jeunes de la région, injectant des revenus frais dans une économie locale longtemps asphyxiée.
Un chantier qui change la donne
Le Sankuru, longtemps réduit à un point aveugle de la carte congolaise, voit ainsi son avenir redessiné par le bitume. Plus qu’un projet routier, la RN42 est une promesse de renaissance territoriale, une amorce de la réintégration de cette province au grand flux national.
Pour la population, l’ouverture de cette route équivaut à une seconde indépendance : celle de pouvoir circuler, commercer, et envisager enfin un avenir connecté au reste du pays.
Jonas Eugène Kota
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