La République démocratique du Congo (RDC) vient de franchir une étape majeure dans sa stratégie de digitalisation financière. La Banque centrale du Congo (BCC) a lancé officiellement Visa Pay, une application mobile développée par Visa RDC, qui ambitionne de transformer en profondeur les usages de paiement et d’accélérer l’inclusion financière dans un pays où plus de 70 % de la population reste en dehors du système bancaire formel.
Présentée comme une innovation de rupture, Visa Pay permet aux utilisateurs, qu’ils soient bancarisés ou non, de payer et être payés, transférer de l’argent, effectuer des achats en ligne, déposer ou retirer des fonds en agence. Son principal atout réside dans son interopérabilité : pour la première fois, une solution de paiement en RDC connecte de manière fluide les comptes bancaires aux portefeuilles mobiles, comblant ainsi un vide structurel du système financier national.
Un levier de souveraineté monétaire
Pour le gouverneur de la BCC, André Wameso, l’impact de cette innovation dépasse la seule commodité pour les utilisateurs. « Cette digitalisation va permettre que plus d’échanges se fassent en francs congolais, ce qui va nous aider à stabiliser notre monnaie nationale », a-t-il déclaré lors du lancement à Kinshasa.
La RDC, dont l’économie est fortement dollarisée depuis plusieurs décennies, cherche en effet à redonner au franc congolais un rôle central dans les transactions quotidiennes. L’essor des paiements numériques constitue, aux yeux des autorités, une opportunité stratégique pour réduire la dépendance au dollar et renforcer la politique monétaire nationale.Une ambition régionale
La directrice générale de Visa RDC, Sophie Kafuti, voit plus loin encore : « Nous voulons faire de la RDC un leader régional en matière de technologie financière. »
L’application est déjà disponible sur Google Play Store et Apple App Store, avec un réseau de partenaires comprenant Access Bank, FBN, Sofibanque, Solidaire Banque et UBA. Des banques de premier plan comme BGFI, Equity Bank et TMB devraient prochainement rejoindre l’écosystème, élargissant considérablement la portée de Visa Pay.
En misant sur ce projet, Visa confirme sa stratégie africaine, axée sur la bancarisation des populations à faible revenu et sur l’intégration des économies informelles dans le secteur formel.Un outil contre l’informelEn RDC, l’économie informelle représente encore près de 60 % de l’activité économique et échappe largement aux circuits fiscaux et bancaires.
En offrant une alternative simple, sécurisée et interopérable, Visa Pay ambitionne de ramener une partie de ces flux dans le giron officiel. Mais la réussite de cette stratégie reste conditionnée à plusieurs facteurs : l’adoption massive par les utilisateurs, encore marqués par une faible culture numérique ; l’accessibilité en zones rurales, où l’infrastructure de télécommunication demeure précaire ; l’accompagnement pédagogique, pour familiariser les populations aux usages digitaux.
Un signal stratégique
Au-delà de l’aspect technique, le lancement de Visa Pay traduit un double message politique et économique : celui d’un État qui entend embrasser la révolution numérique comme un outil de souveraineté monétaire, et celui d’un secteur bancaire qui cherche à élargir son assise en capitalisant sur les technologies financières.
Pour la RDC, il s’agit d’un pari ambitieux : transformer un marché fragmenté, où les paiements restent largement informels et dominés par le cash, en un écosystème numérique compétitif et inclusif. Un pari qui, s’il est gagné, pourrait repositionner le pays comme un acteur majeur de l’innovation financière en Afrique centrale.
JDW

