Dans un processus où la diplomatie est déjà un exercice d’équilibriste, ce faux pas du Kenya apparaît comme une véritable flèche empoisonnée, susceptible d’ébranler l’édifice déjà fragile de la confiance africaine.
Le torchon brûle entre Kinshasa et Nairobi. Samedi, le gouvernement congolais a sèchement rappelé qu’aucune nomination de chef de poste consulaire étranger sur son territoire ne peut se faire sans son agrément préalable et la délivrance d’un exequatur par le ministère des Affaires étrangères. Dans son viseur : la présidence kényane, qui a annoncé la désignation d’un consul général… à Goma, capitale du Nord-Kivu, actuellement sous occupation illégale du M23/AFC soutenu par le Rwanda.
Kinshasa dénonce un acte « particulièrement inapproprié » et lourd de conséquences diplomatiques. Car au-delà du simple faux pas, c’est un symbole : en installant un représentant à Goma sans passer par le gouvernement congolais, Nairobi prend le risque d’apparaître comme partie prenante dans un conflit déjà explosif.
Neutralité en question
Le cas kényan est d’autant plus sensible que Nairobi occupe une place centrale dans la diplomatie régionale africaine. Son ancien président, Uhuru Kenyatta, est le facilitateur officiel du processus conjoint EAC-SADC pour la paix à l’Est de la RDC. Une telle position exige, de toute évidence, neutralité et prudence. Mais en brûlant les étapes et en foulant aux pieds les procédures diplomatiques consacrées par la Convention de Vienne de 1963, le Kenya envoie un signal troublant : celui d’un désengagement de son devoir de respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC, dont le seul garant reconnu reste le président Félix Tshisekedi.
Un air de déjà-vu
Ce n’est pas la première fois que l’EAC, dont le Kenya est membre influent, se retrouve au banc des accusés. Déjà lors du déploiement de sa force régionale en RDC, Kinshasa avait dénoncé une dérive du mandat et pointé du doigt une proximité suspecte entre certains contingents et les rebelles du M23. Un scandale qui avait conduit au retrait prématuré de ces troupes, accusées de complaisance envers des milices soutenues par Kigali.
Par ailleurs, encore Vice-Président de Uhuru Kenyatta, William Ruto s’était distingué par des propos jugés discourtois sur la RDC qu’il avait qualifiée de pays de jouisseurs. La réaction de Kinshasa avait amené Nairobi à présenter des excuses.
Aujourd’hui, la désignation unilatérale d’un consul à Goma fait planer le spectre d’un nouveau soupçon de parti pris, accentuant une méfiance déjà grandissante envers Nairobi.
Une confiance ébranlée
Cette démarche kényane arrive à un moment critique : les tensions militaires se ravivent dans l’Est de la RDC, le M23 multiplie ses offensives et les efforts diplomatiques piétinent. En fragilisant encore davantage le capital confiance, Nairobi complique la tâche des médiateurs régionaux et met en péril l’unité africaine face aux crises.
Kinshasa a beau réaffirmer sa volonté de maintenir des relations constructives avec le Kenya, le message est clair : aucune nomination consulaire à Goma ne sera reconnue sans son aval. Dans une région où la diplomatie est déjà un exercice d’équilibriste, ce faux pas du Kenya apparaît comme une véritable flèche empoisonnée, susceptible d’ébranler l’édifice déjà fragile de la confiance africaine.
JEK

