Crise du maïs : Pourquoi chercher dans le désert d’Afrique australe ce que Katumbi propose à Futuka ?

Alors que se baladent, en Afrique australe en pleine désertification, près de dix ministres à la recherche du maïs pour nourrir les congolais du Katanga et du Kasaï, cette randonnée traduit la vacuité de la vision sur la théorie de la « revanche du sol sur le sous-sol ». Lancée par le chef de l’Etat dans son discours d’investiture en janvier 2019, cette vision n’est jamais allée au-delà d’un simple punch line, alors que la famine, en RDC, ne fait que s’aggraver années après années.

Lorsque Vital Kamerhe, Ministre de l’économie, mène cette équipée dans cette région africaine en pleine désertification et où se pratique l’exploitation agricole aux OGM prohibés en RDC, des fils du pays développent, au pays, des projets dont le modèle devrait procurer à la RDC un bond quantitatif et qualitatif qui donnerait, enfin, du sens à ses plus de 75 millions d’Ha de terres arables honteusement inexploitées à ce jour.

En attendant, à 30 km de Lubumbashi, capitale du Haut-Katanga – l’une des provinces frappées par la crise du « bunga » (farine de maïs), Futuka, cette petite bourgade autrefois oubliée de tout intérêt, offre une expérience déroutante de ce qui peut être fait du sol congolais. Ici, en effet, Moïse Katumbi a développé une immense ferme dont au moins 6.000 Ha sont dédiés à la culture du maïs connue sur le marché lushois et environ par le nom « Mashamba ».

Une technologie de pointe au beau milieu de la savane

Futuka, c’est une expérience qui propose un rendement d’au moins 7,5 tonnes à l’hectare ; et qui développe aussi d’autres cultures telles que le soja (500 Ha), tandis qu’un projet de 6.000 autres hectares de blé murit et que, dans la même concession, se développe un élevage moderne des vaches, etc.

Au cœur de ce paysage féérique qui transpire la vie, un abattoir ultramoderne fournit de la viande de qualité, tandis qu’une minorité tourne à plein régime pour transformer. Ici s’expérimente une organisation à la précision presqu’horlogère d’une exploitation moderne et mécanisée qui tranche avec le chaos typique aux congolais.

Afin de booster la générosité de la mère nature, le Chairman Katumbi a installé, dans cette ferme de Futuka, une technologie de pointe pour l’irrigation des champs et leur entretien contre des attaques diverses. Des épandeurs automatiques arrose les 6.000 Ha d’engrais grâce à un système de géo-positionnement par satellite (GPS) qui règle automatiquement, et selon les besoins,  le débit de sortie des fertilisants.

Ces opérations sont réglées par un système informatique de dimensionnement des champs. Celui-ci permet de consigner sur l’écran le type de fertilisant à employer, la quantité à l’hectare ainsi que la largeur de travail, le reste étant pris en charge par un autre logiciel.

La suite de l’exploitation combine des chaînes d’opérations entièrement mécanisées, même pour la récolte, jusqu’à la minoterie qui transforme le maïs en ce fameux « bunga » au grand bonheur des katangais et leurs voisins kasaïens.

« Il y a moyen de faire des choses », estime Moïse Katumbi face aux contradictions et à la léthargie généralisée face à l’enjeu de la guerre agricole

Dans ses multiples échanges avec la presse qui défile à Futuka, Moïse Katumbi ne cesse d’évoquer la tradition familiale qui anime ses initiatives agricoles et de la pêche. Son regard chagriné est constamment rivé sur ces statistiques d’une nature congolaise bénie, mais pour une population dont au moins 70% meurt de faim avec moins d’1$/jour.

« C’est très triste, en 2022, que nous demandions aux bailleurs de fonds de nous aider à lutter contre la malnutrition de 27 millions de personnes », s’indignait-il cette année-là, alors qu’il constatait que son pays « pourrait nourrir l’Afrique » et d’autres continents.

Le Katanga, à lui seul, « a besoin de deux millions de tonnes de maïs chaque année, mais n’en produit que 10% », le reste devant être importé de la Zambie voisine et de plus loin en Afrique australe et même de l’Asie.

Quelque peu nostalgique de l’époque où il était Gouverneur du Katanga non encore partitionné en quatre provinces, Moïse Katumbi se souvient de sa politique de distribution des semences améliorées aux paysans et de l’exigence faite à chaque société minière qu’elle « cultive au moins 500 hectares de terres avant d’exporter les minerais ». Le niveau de production agricole avait alors été relevé et les prix des principales denrées alimentaires avaient chuté.

« Il y a moyen de faire des choses», s’assure-t-il aujourd’hui avec une pointe d’amertume en travers de la gorge. Après lui, en effet, l’expérience n’a pas été poursuivie et la région a rechuté dans le cycle des crises du maïs.

Confiant en l’avenir, cependant, il continue de croire que le modèle agricole pour les provinces devrait épouser son initiative dans son village natal de Kashobwe, à la frontière zambienne, et non celui de sa grande ferme. Là-bas, en effet, des semences sont fournies aux paysans qui cultivent le riz, le maïs et tant d’autres produits agricoles qui participent à la sécurité alimentaire.

Le rêve d’un Congo agricole indépendant

Même s’il propose sa vision à travers une offre politique pour le pays, et malgré ses investissements dans le domaine minier, Moïse Katumbi demeure fermement convaincu de la puissance développementaliste de l’agriculture. Pendant ces plus de trois dernières années de vie de fermier,  l’ancien gouverneur de l’ex-grand Katanga a injecté Usd 20 millions sur 15.000 hectares, couramment appelés « Mashamba », qui est devenu un domaine agraire plus vaste que la ville de Paris. Le maïs à perte de vue en constitue la principale culture sur plus ou moins 11.000 hectares. Objectif pour Katumbi : réduire la dépendance de la RDC envers la Zambie et d’autres pays d’importation, en termes de farine de maïs et de semoule.

JEK

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