À Lusaka, le ministre congolais des Infrastructures et Travaux publics a défendu une vision élargie du Corridor de Lobito, appelé à devenir un levier d’industrialisation et d’intégration régionale. Avec l’Union européenne, les discussions ont porté sur la connexion des corridors, la modernisation du transport fluvial et la mobilisation des financements.
Faire du Corridor de Lobito bien plus qu’une liaison ferroviaire : telle est l’ambition défendue par le ministre congolais des Infrastructures et Travaux publics (ITP), John Banza Lunda, lors de la deuxième réunion de coordination consacrée à ce projet régional. L’objectif est d’en faire un réseau intégré, associant rail, routes, voies fluviales et infrastructures urbaines, au service de l’industrialisation, de la sécurité alimentaire et des échanges économiques.
Cette vision, présentée lors de la session consacrée aux investissements dans les infrastructures, s’inscrit dans les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Elle suppose une meilleure articulation des différents modes de transport pour fluidifier la circulation des marchandises et renforcer la compétitivité de la République démocratique du Congo.
Sur le plan opérationnel, le ministre a cité le partenariat ferroviaire sur l’axe Sakania-Tenke-Dilolo, la création d’un comité technique interministériel consacré au corridor et l’élaboration en cours de son plan directeur de développement en RDC.
Trois priorités d’investissement se dégagent : le maillage routier stratégique, la modernisation des villes — voirie et édifices publics — ainsi que le renforcement de l’ingénierie technique, notamment à travers le Projet d’appui à la connectivité et au transport (PACT), financé par la Banque mondiale.
L’interconnexion entre le rail et les routes nationales doit garantir la continuité du transport sur l’ensemble de la chaîne logistique.
L’Union européenne sollicitée pour accompagner la reconstruction
En marge de la réunion, le mardi 6 octobre 2026, John Banza Lunda s’est entretenu avec une délégation de l’Union européenne conduite par Laurent Sillano, chef de l’unité régionale et des programmes pays pour l’Afrique.
Le ministre a présenté la dynamique de reconstruction engagée en RDC, évoquant notamment le projet de création d’une Banque pour les investissements. Il a appelé les partenaires européens à soutenir cette orientation.
De son côté, Laurent Sillano a insisté sur la nécessité de disposer d’un plan de développement détaillé du Corridor de Lobito.
La Cellule Infrastructures doit préparer les informations nécessaires pour permettre au partenaire européen d’apprécier les composantes du projet et les besoins associés.
John Banza a également plaidé pour une mise en réseau des grands corridors nationaux, afin d’éviter leur développement en silos et d’assurer une meilleure complémentarité entre les axes de transport.
Dans cette logique, le Corridor de Lobito doit être articulé au Corridor central et aux autres axes structurants du pays, de manière à connecter les réseaux ferroviaires, routiers et fluviaux plutôt qu’à les développer séparément.
Le ministre a inscrit cette interconnexion dans une stratégie plus vaste de désenclavement, évoquant 22 800 kilomètres de connexions à développer, en référence à un réseau existant de 135 800 kilomètres. L’objectif est de relier les nouvelles infrastructures aux réseaux déjà en place pour améliorer la circulation des personnes et des marchandises à l’échelle nationale et régionale.
Le fleuve Congo appelé à jouer un rôle stratégique
Pour le ministre, cette connectivité doit intégrer les voies navigables. « Au-delà des routes, les voies fluviales doivent être modernisées, le fleuve Congo peut alimenter les corridors, il faut des études pour le dragage, le balisage et la construction des ports », a-t-il déclaré.
La modernisation du transport fluvial offrirait une solution complémentaire au rail et à la route, tout en améliorant la desserte des territoires enclavés. Elle nécessitera toutefois des études techniques et des investissements adaptés.
Le Corridor 6 dans l’équation régionale
Les échanges ont également abordé le Corridor 6, que l’Union européenne considère comme stratégique pour relier Douala, au Cameroun, à Kampala, en Ouganda. Présenté comme s’inscrivant dans la logique du couloir vert, cet axe constitue une autre composante de la réflexion sur la connectivité régionale.
Son articulation avec les autres corridors vise à favoriser la complémentarité des itinéraires et à élargir les possibilités d’échanges entre les pays concernés.
Sur le volet financier, l’UE s’est réjouie de constater que quatre requêtes avaient déjà été transmises au ministère congolais des Finances. Leur traitement devra permettre de faire progresser les discussions sur l’accompagnement des projets.
Le ministre Banza a réaffirmé l’importance de l’Union européenne, partenaire traditionnel de la RDC, dans cette entreprise de développement.
Il a également appelé la Banque mondiale et la Banque africaine de développement à contribuer à la concrétisation des investissements envisagés.
À Lusaka, le cap est fixé : faire du Corridor de Lobito un système intégré plutôt qu’un simple axe ferroviaire. La concrétisation de cette ambition dépendra désormais de la précision du plan directeur, de la coordination entre les réseaux, de la mobilisation des financements et de la transformation des engagements en infrastructures opérationnelles.

