L’avenir des blocs pétroliers I et II du Graben Albertine revient au centre des préoccupations à la SONAHYDROC. En interne, des cadres et agents s’alarment d’informations faisant état de nouvelles discussions sur ces actifs stratégiques, alors que la société nationale ne serait pas directement associée aux échanges.
D’après plusieurs sources internes, les autorités sectorielles auraient engagé des discussions avec plusieurs opérateurs étrangers autour des perspectives de développement des deux blocs situés en Ituri. Les noms de Highland Shaba Holdings Ltd, Operadora Cerro Negro S.A. et Heritage Oil Limited sont notamment évoqués.
Pour les travailleurs de la SONAHYDROC, la difficulté réside dans le fait que l’entreprise ne serait ni présente dans les discussions techniques ni représentée dans les cadres où seraient définies les orientations concernant ces actifs.
La situation aurait donc suscité des remous au sein de la société. La délégation syndicale envisagerait de demander audience à la direction générale afin de connaître la portée exacte des discussions et de déterminer si la SONAHYDROC est appelée à y prendre part.
Derrière cette démarche se profile une interrogation plus large sur la gouvernance des actifs pétroliers de l’État.
La SONAHYDROC invoquée comme instrument de participation de l’État
Les agents rappellent que le rôle de la société nationale repose sur un cadre légal précis.
La Loi n°15/012 du 1er août 2015 portant régime général des hydrocarbures désigne la société nationale des hydrocarbures comme véhicule de participation de l’État congolais dans les différentes activités du secteur, de l’exploration jusqu’à la commercialisation.
La création de la SONAHYDROC à la suite de la transformation de Cohydro répondait notamment à cette volonté de permettre à l’État de disposer d’un instrument présent sur l’ensemble de la chaîne de valeur pétrolière.
Par ailleurs, une orientation gouvernementale adoptée en avril 2025 est également rappelée. Lors de sa 39e réunion ordinaire, le Conseil des ministres avait approuvé le projet de décret instituant un régime d’attribution directe de droits pétroliers à la SONAHYDROC.
Les blocs I et II du Graben Albertine figuraient parmi les premiers actifs concernés.
Dans ce schéma, l’entreprise publique devait porter les droits pétroliers et pouvoir recourir, au besoin, à des partenaires spécialisés à travers des contrats de services.
Pour les agents, cette orientation rend d’autant plus sensible l’hypothèse d’une participation limitée de la SONAHYDROC aux discussions actuelles.
Un cadre de l’entreprise, cité sous couvert d’anonymat, résume la préoccupation en ces termes : « Comment mener des discussions sur l’avenir des blocs I et II sans associer l’entité que l’État a lui-même désignée pour assurer leur valorisation ? »
Des actifs rendus à l’État après une longue séquence
Les deux blocs ont connu une histoire mouvementée au cours des dernières années. Les permis d’exploration liés au dispositif mis en place autour de Caprikat Ltd et Foxwhelp Ltd avaient expiré.
En février 2022, le protocole de règlement conclu entre la RDC et Ventora Development SASU, appartenant à Dan Gertler, avait conduit à la restitution à l’État congolais des actifs concernés.
Puis, en octobre 2024, le gouvernement avait annulé le processus d’appel d’offres portant sur 27 blocs pétroliers.
La nouvelle orientation retenue consistait notamment à placer la SONAHYDROC au centre du développement futur de ces ressources. Il s’agissait de renforcer la maîtrise publique des actifs stratégiques et de s’éloigner de l’architecture contractuelle antérieure.
Dans ce contexte, la réunion du 15 septembre 2026 autour de la ministre d’État chargée des Hydrocarbures revêt une importance particulière. Les échanges avaient notamment porté sur la valorisation des blocs I et II, les stratégies d’exploration, les infrastructures nécessaires à leur développement ainsi que les possibilités de coopération avec l’Ouganda.
Selon les travailleurs, l’absence de représentants de la SONAHYDROC lors de cette réunion alimente toutefois leurs interrogations.
Le poids des précédents
Les inquiétudes actuelles prennent également racine dans plusieurs dossiers antérieurs.Des agents rappellent que la société nationale aurait déjà été marginalisée lors de précédentes négociations portant sur les blocs pétroliers du lac Albert.
Le projet de Zone d’intérêt commun du pétrole sur le plateau continental partagé entre la RDC et l’Angola est également cité comme précédent.
Ces différents dossiers avaient soulevé la question de la place accordée à la SONAHYDROC dans des projets engageant directement les intérêts pétroliers de l’État.
Le risque, pour les travailleurs, serait donc de voir cette situation se reproduire autour du Graben Albertine.
Une alerte sur la gouvernance du secteur
Les préoccupations exprimées ne portent pas uniquement sur la participation de l’entreprise à des réunions. Les agents redoutent surtout les conséquences institutionnelles d’une éventuelle mise à l’écart.Ils évoquent l’affaiblissement du rôle de la SONAHYDROC, la possibilité que des paramètres techniques ou financiers soient négociés sans la participation de l’entité appelée à détenir les droits pétroliers, ainsi que la création d’un précédent susceptible de peser sur les futurs projets.
Des contestations juridiques liées au respect du cadre légal sont également envisagées.
Les travailleurs précisent cependant que leur position ne vise pas à bloquer l’arrivée de partenaires techniques et financiers. Ils demandent plutôt que ces partenariats s’inscrivent dans le cadre défini par la législation et les orientations du gouvernement.
À ce stade, aucune communication officielle n’est venue confirmer ou démentir les informations faisant état de négociations sans participation de la SONAHYDROC. L’épisode met néanmoins en lumière une interrogation qui dépasse les seuls enjeux internes de l’entreprise : alors que l’État congolais entend renforcer sa maîtrise de ses ressources naturelles, quelle place effective sera accordée à son entreprise nationale dans les décisions relatives aux blocs I et II du Graben Albertine ?
La réponse à cette question permettra aussi de mesurer la cohérence entre les orientations annoncées en faveur d’une plus grande maîtrise publique du secteur pétrolier et leur mise en œuvre.
Constant Mutombo (CP)

