L’urgence est palpable. Face à la hausse des prix à la pompe et aux tensions sur les devises, le gouvernement passe à l’offensive pour tenter de colmater les brèches d’un système où les trafics d’essence, de gasoil et de pétrole lampant prospèrent en toute impunité.
Ce lundi, dans son cabinet de travail, la Ministre d’État, Ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a présidé une réunion de crise consacrée à ce fléau qui ronge l’économie nationale : la fraude aux produits pétroliers importés.

Un mal qui ronge l’Est et le Sud du pays
Selon les informations recueillies en marge de cette rencontre, le phénomène ne touche pas uniformément le territoire. La patronne du secteur a pointé du doigt deux zones névralgiques particulièrement infectées : l’Est et le Sud de la République Démocratique du Congo.
Ces régions, frontalières avec des pays voisins où les disparités de prix sont criantes, sont devenues des plaques tournantes de la contrebande et de la fraude documentaire.
« Les zones Est et Sud sont plus concernées par cette fraude massive à l’importation », a souligné la Ministre, sans pour autant dévoiler le montant exact du manque à gagner pour le Trésor public, bien que les experts estiment les pertes annuelles à plusieurs centaines de millions de dollars américains.
Fraude documentaire, fausses déclarations et détournements
La réunion, qui a duré plusieurs heures, a permis de disséquer les mécanismes complexes de ces pratiques illégales. Tour à tour, les participants ont passé en revue le constat alarmant, énumérant une typologie de fraudes aussi variées qu’ingénieuses.
Parmi les cas évoqués : les fausses déclarations de qualités, les sous-évaluations de prix pour réduire les droits de douane, le détournement des quotas destinés aux zones rurales ou encore le trafic pur et simple vers les pays voisins.
Pour Olivier Okunda, Directeur Général Adjoint de Cobil, cette rencontre marque un tournant. « Cette réunion était très importante pour endiguer la fraude. La concertation entre acteurs publics et privés est la clé pour assainir le marché », a-t-il confié, visiblement satisfait de la synergie affichée.
Dans le même sillage, René Kisala, Directeur des huiles minérales à la DGDA, et Gérard Mulimbi, Directeur Général de MAMO, ont salué la fermeté de la Ministre, estimant que la lutte contre ce fléau nécessite une digitalisation accrue des procédures et une traçabilité sans faille du produit, du port de déchargement jusqu’à la station-service.
Un front interministériel inédit
La volonté politique affichée ce lundi est d’autant plus forte que la réunion a réuni un parterre d’acteurs clés de la chaîne économique. Outre les cadres du ministère des Hydrocarbures, on notait la présence des représentants des ministères de l’Économie nationale, des Finances et des Mines, signe que la fraude pétrolière est désormais perçue comme un problème macroéconomique nécessitant une réponse transversale.
Étaient également présents les représentants de la DGDA (Direction Générale des Douanes et Accises), de FONER (Fonds National de Réhabilitation), de MAMO (Marquage Moléculaire des produits à l’entrée sur le territoire congolais) et de l’OCC (Office Congolais de Contrôle).
Enfin, la participation des chefs de divisions provinciales des Hydrocarbures du Haut-Katanga et du Lualaba – les deux provinces minières du Sud, gros consommateurs de gasoil – souligne l’urgence d’une action sur le terrain.
À l’issue des travaux, plusieurs recommandations auraient été formulées, bien que leur contenu exact reste confidentiel. Néanmoins, la Ministre Bandubola Mbongo semble déterminée à durcir le ton. Dans les prochains jours, des contrôles inopinés et des audits croisés sont fortement attendus sur les axes routiers et dans les dépôts frontaliers.
Pour les opérateurs économiques honnêtes, cette offensive est une bouffée d’air frais. Pour les fraudeurs, l’heure est sans doute à la fin de la récréation.
Jonas Eugène Kota

