Dialogue national en RDC : l’AFC rejette l’initiative de Kinshasa et prône la « refondation de l’État »

L’initiative d’un dialogue politique inclusif, actée le 17 juillet par le Président Félix Tshisekedi sous l’égide des confessions religieuses (CENCO-ECC), se heurte déjà au refus catégorique de la rébellion. Dans une déclaration rendue publique ce mardi 21 juillet depuis Goma, Corneille Nangaa, coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), a balayé toute perspective de participation à cette démarche politique.

Le chef de la coalition politico-militaire a, en effet, fait savoir que pour sa coalition, les pourparlers initiés par le pouvoir constituent une manœuvre dilatoire qui ne résoudra pas la crise sécuritaire et institutionnelle qui frappe l’est du pays. Corneille Nangaa oppose aux négociations une stratégie fondée sur la restructuration, ou la refonte totale, des institutions régaliennes.

« La solution aux problèmes que notre pays fait face avec le régime de Kinshasa, n’est pas dans un dialogue ou dans des compromis hypocrites avec un manipulateur menteur qui ne respecte jamais ses engagements », a déclaré le coordonnateur de l’AFC. Fixant sa ligne de conduite, il ajoute : « La solution est dans l’action. Dans la refondation de l’Etat. Dans la construction d’une armée qui dissuade, d’une police qui protège, d’une justice qui régule et d’une administration qui gouverne au mieux. »

Malgré ce rejet, le mouvement rebelle maintient sa participation aux processus diplomatiques extérieurs, notamment aux canaux de discussion médiés à l’échelle internationale.

L’objectif du Gouvernement : « Construire un bloc national »

Du côté de Kinshasa, la vision portée par le Chef de l’État vise une tout autre finalité. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, est intervenu le week-end dernier pour préciser le cadre et les enjeux de cette initiative, expliquant que ce dialogue n’a pas pour but de repartir le pouvoir ou de remettre en cause l’ordre constitutionnel, mais de sceller un front commun face aux menaces sécuritaires.

Cohésion et patriotisme : « Le dialogue a été discuté dans l’esprit de construire un bloc national », a affirmé Patrick Muyaya, soulignant que « l’inclusivité doit reposer sur notre patriotisme et notre engagement pour l’intégrité du territoire national ».

Union face aux agressions : Le gouvernement entend fédérer les forces politiques et sociales autour d’une position commune rejetant le soutien extérieur aux groupes armés opérant dans l’Est.

Poursuite des processus parallèles : Patrick Muyaya a tenu à clarifier que l’annonce de ces concertations nationales « ne suspend pas le processus de Doha » ni les autres démarches diplomatiques régionales.

Deux visions diamétralement opposées

Deux positions diamétralement opposées apparaissent ainsi entre Kinshasa et Goma.

Sur la nature et l’utilité du dialogue national, là où le gouvernement conçoit cette initiative comme un outil essentiel de cohésion et d’unité pour faire face aux agressions extérieures, l’Alliance Fleuve Congo de Corneille Nangaa y voit un « compromis hypocrite » sans valeur stratégique pour résoudre la crise.

Sur la priorité stratégique du moment, Kinshasa met l’accent sur le rassemblement des forces politiques et sociales autour d’un élan patriotique commun, tandis que l’AFC privilégie l’action directe et la refondation prioritaire de l’État et des forces de défense (armée, police, justice et administration).

Sur la poursuite des démarches régionales, si le pouvoir central assure le maintien constant de ses engagements diplomatiques dans le cadre des démarches régionales comme le processus de Doha, le mouvement rebelle choisit quant à lui de rejeter le cadre politique interne tout en restreignant ses échanges aux seuls canaux de discussion extérieurs.

Ce choc de positions illustre la complexité de l’échiquier politique et sécuritaire congolais, alors que les confessions religieuses ont entamé leurs premières démarches de consultation pour définir les contours de l’inclusivité voulue par la présidence.

JEK

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