La polémique enfle inutilement autour de la mission diplomatique effectuée récemment à Luanda par l’ambassadeur itinérant du chef de l’État congolais, Antoine Ghonda Mangalibi. Réagissant aux explications fournies par l’émissaire présidentiel pour justifier son déplacement auprès du président angolais João Lourenço, Me Jeannot Lompempe, candidat déclaré à la présidence de la République, président du Front pour la Patrie et membre de la Conférence des Présidents du C64, a choisi le registre de l’offensive politique pour tenter de dénoncer ce qu’il présente de manière erronée comme une « humiliation diplomatique » pour Félix Tshisekedi.
Dans une déclaration au ton inurtilement acerbe, l’opposant affirme réagir « aux mensonges et aux tentatives de justification » de certains collaborateurs du chef de l’État cherchant, selon lui, à défendre Antoine Ghonda après sa mission à Luanda. Motif de cette agitation étonnante pour un candidat à la magistrature suprême : l’absence de rencontre directe entre l’émissaire congolais et le président angolais.
Mais derrière la charge politique, les faits diplomatiques racontent une autre séquence. En effet, le couple présidentiel angolais, João Lourenço et son épouse Ana Dias Lourenço, avait officiellement quitté Luanda le 22 juin dernier pour un séjour privé au Brésil, soit plus de trois jours avant l’arrivée de l’émissaire du Président congolais. L’information avait été communiquée par le Centre de Presse Présidentiel de l’Angola (CIPRA), organe officiel de communication de la présidence angolaise.
Au moment de la mission de l’ambassadeur itinérant congolais, le chef de l’État angolais n’était donc pas dans la capitale angolaise.
La mission d’Antoine Ghonda intervenait dans un contexte précis : le président João Lourenço avait adressé une invitation officielle à son homologue Félix Tshisekedi pour participer au sommet de l’Alliance des civilisations des Nations unies (UNAOC), prévu les 16 et 17 juillet à Luanda, un événement coorganisé par l’Angola. L’émissaire congolais était ainsi porteur de la réponse du chef de l’État congolais à cette invitation.
Une correspondance présidentielle, dans le langage diplomatique, n’est pas un simple message politique transmis de main à main. Elle constitue un courrier officiel entre chefs d’État. Et les usages internationaux prévoient que lorsque le destinataire d’une telle correspondance est momentanément indisponible, celle-ci soit réceptionnée par l’autorité diplomatique compétente du pays hôte, généralement le ministre des Affaires étrangères, qui assure la continuité institutionnelle en cette matière.
C’est précisément sur ce point que la sortie de Me Lompempe suscite des interrogations sur son ignorance de ces us diplomatiques pourtant élémentaires. En présentant l’absence de tête-à-tête entre Antoine Ghonda et João Lourenço comme un « refus de recevoir l’envoyé spécial », le candidat à la magistrature suprême semble assimiler une indisponibilité circonstancielle du destinataire à un affront protocolaire.
De toutes les manières, si vraiment Joao Lourenco ne voulait pas de Tshisekedi, ni de ses émissaires par conséquent, le mieux à faire pour lui aurait été de ne pas l’inviter au sommet de l’UNAOC qui se tient dans son pays.
Pour un prétendant à la présidence de la République, l’épisode pose donc une question de fond : la maîtrise des subtilités diplomatiques internationales est-elle compatible avec une lecture politique immédiate de chaque geste protocolaire ?
JDW

