Dans le cadre de la stratégie nationale de transformation numérique, le ministre des Postes, Télécommunications et Numérique, José Mpanda, a lancé à Kinshasa l’atelier de mobilisation précoce du marché relatif au futur appel d’offres pour la construction et l’exploitation de la dorsale nationale en fibre optique, l’un des projets d’infrastructures numériques les plus ambitieux jamais engagés dans le pays.
Cette rencontre marque le début du processus qui doit conduire à la sélection des entreprises chargées de déployer près de 10.000 kilomètres de fibre optique à travers le territoire national, dans le cadre du Projet de transformation numérique (PTN).
José Mpanda a, à cette occasion, précisé qu’il ne s’agit pas simplement d’un chantier de télécommunications. Derrière les câbles et les infrastructures se dessine un projet de restructuration de l’économie nationale appelé à soutenir la compétitivité du pays, renforcer l’intégration territoriale et accélérer la digitalisation des services publics.
« La dorsale nationale en fibre optique n’est pas un simple projet technique. Elle est un levier de souveraineté, un accélérateur de croissance, un outil d’inclusion et un pilier de la transformation de l’État et de l’économie nationale », a en effet déclaré José Mpanda à l’ouverture des travaux.
Un investissement stratégique de 500 millions de dollars
Le Projet de transformation numérique bénéficie d’un financement de 500 millions de dollars mobilisé auprès de la Banque mondiale, dont 100 millions d’euros apportés par l’Agence française de développement (AFD).
Lancé en juillet 2025 pour une durée de cinq ans, il constitue l’un des plus importants investissements publics dans les infrastructures numériques en Afrique centrale. Son ambition est de doter la RDC d’un réseau de transport de données moderne et résilient capable de relier les provinces, les territoires et les principaux centres économiques du pays.
Une nécessité pour un État-continent de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés dont de vastes régions demeurent encore faiblement connectées.
Pour le gouvernement, la réussite du projet est également une condition essentielle à la mise en œuvre de la vision présidentielle « RDC Digital Nation 2030 », qui vise à faire du numérique un moteur de diversification économique et de modernisation de l’administration.
Attirer les investisseurs avant le lancement de l’appel d’offres
L’atelier lancé par José Mpanda s’inscrit dans une démarche de « mobilisation précoce du marché », une pratique désormais courante dans les grands projets financés par les bailleurs internationaux.
L’objectif est de consulter en amont les opérateurs, investisseurs, entreprises spécialisées et partenaires techniques afin d’affiner les contours du futur dossier d’appel d’offres.
Cette approche permet notamment d’identifier les contraintes techniques, institutionnelles et financières, tout en renforçant l’attractivité du projet auprès des investisseurs potentiels.
« Nous voulons construire un cadre permanent de confiance et de transparence conforme aux standards internationaux », a souligné le ministre, promettant un processus de passation compétitif, une gouvernance rigoureuse et un environnement favorable aux investissements privés.
Cette démarche répond également aux exigences des principaux bailleurs du projet, notamment la Banque mondiale et l’AFD, qui accordent une importance particulière à la transparence et à la qualité de la préparation des marchés publics.
Réduire les coûts et stimuler l’économie numérique
Au-delà du déploiement physique des infrastructures, les retombées économiques attendues sont considérables.
Selon Noël Litanga, coordonnateur de l’Unité de gestion du Projet de transformation numérique, la future dorsale nationale permettra de renforcer la résilience du réseau national, de réduire les coûts de transmission des données et d’améliorer la qualité des services numériques.
Le projet devrait également favoriser l’émergence d’un écosystème numérique plus compétitif en soutenant le développement des centres de données, des plateformes numériques nationales, du cloud computing et des services innovants destinés aux entreprises et aux administrations publiques.
Pour les acteurs économiques, la baisse progressive des coûts de connectivité pourrait constituer un facteur majeur d’amélioration de la productivité, alors que l’accès à Internet demeure encore coûteux dans plusieurs régions du pays.Une infrastructure au cœur de la souveraineté numérique.
Face au contexte international marqué par la course aux infrastructures numériques et aux données, Kinshasa entend faire de la connectivité un enjeu de souveraineté autant qu’un facteur de croissance. La construction de cette dorsale nationale s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique plus large qui comprend la modernisation du cadre réglementaire, l’extension de la couverture numérique à l’ensemble des 145 territoires du pays ainsi que les projets de connectivité satellitaire récemment engagés par le gouvernement.
Pour les autorités, l’enjeu dépasse largement le secteur des télécommunications. Il s’agit de créer les fondations d’une économie numérique capable de soutenir l’innovation, d’attirer les investissements et d’accompagner la transformation structurelle du pays.
À travers ce projet, la RDC cherche ainsi à rattraper une partie de son retard infrastructurel et à se positionner comme un futur hub numérique au cœur de l’Afrique centrale. Un pari ambitieux dont la réussite dépendra autant de la qualité des infrastructures construites que de la capacité du pays à attirer durablement les capitaux et les compétences nécessaires à son développement numérique.
JEK

