Écrans géants, terrasses aménagées, groupes électrogènes renforcés, stocks de boissons revus à la hausse… Plusieurs tenanciers de bars, ngandas et espaces de retransmission sportive de Kinshasa avaient déjà commencé à se préparer pour la Coupe du monde 2026. Mais à mesure que les horaires des rencontres se précisent, l’enthousiasme des commerçants laisse place à une question de plus en plus insistante : qui viendra regarder des matchs à 1 heure, 3 heures ou 4 heures du matin ?
La qualification historique des Léopards de la RDC avait pourtant fait naître l’espoir d’une activité exceptionnelle durant le tournoi organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Comme lors des précédentes Coupes du monde, plusieurs opérateurs économiques comptaient sur les rassemblements de supporters pour dynamiser leurs recettes.
Sauf que cette fois-ci, le décalage horaire risque de changer la donne.
Pour les habitants de Kinshasa et de l’ensemble de l’ouest de la RDC, la plupart des grandes affiches du Mondial tomberont en pleine nuit. Les matchs programmés en prime time nord-américain, c’est-à-dire aux heures les plus attractives pour les diffuseurs américains, seront suivis entre minuit et l’aube dans la capitale congolaise.
Le cas des Léopards illustre parfaitement cette réalité. Si l’entrée en lice de la RDC contre le Portugal, le 17 juin, est prévue à 19 heures de Kinshasa, offrant une soirée idéale aux supporters, les deux autres rencontres de la phase de groupes se joueront respectivement à 4 heures du matin contre la Colombie et à 3 heures du matin face à l’Ouzbékistan.
Une programmation qui risque de décourager une partie du public habitué aux retransmissions collectives.
Mais le problème dépasse largement les seuls matchs de la RDC.
Les affiches les plus prestigieuses du tournoi devraient elles aussi être diffusées à des horaires peu compatibles avec les habitudes des supporters congolais. Plusieurs rencontres de premier plan sont attendues à minuit, tandis que les matchs de gala programmés en soirée américaine tomberont à 3 heures du matin à Kinshasa.
Et le constat devient encore plus frappant au moment des phases décisives.
Les demi-finales de la Coupe du monde 2026, censées paralyser des pays entiers devant leurs écrans, devraient être suivies à 3 heures du matin dans la capitale congolaise. Même scénario pour le match de classement pour la troisième place, prévu lui aussi à 3 heures du matin.
Quant à la finale, le rendez-vous le plus attendu du football mondial, il se jouera également aux alentours de 3 heures du matin, heure de Kinshasa. Pour les supporters congolais, le sacre du futur champion du monde se décidera donc alors que la majorité de la population sera encore plongée dans le sommeil.
Dans ces conditions, les exploitants de bars sportifs s’interrogent. Beaucoup avaient projeté d’investir dans des écrans supplémentaires, d’augmenter leurs capacités d’accueil et de prolonger leurs heures d’ouverture. Mais l’équation économique devient plus incertaine lorsqu’il faut attirer une clientèle à une heure où la ville dort encore.
« Un match à 19 heures ou à 21 heures, c’est une fête. À 3 heures du matin, c’est autre chose. Les gens doivent penser au travail, à l’école, aux déplacements », confie un gestionnaire d’espace sportif dans le centre-ville de Kinshasa.
Certains commerçants continuent néanmoins de croire à la passion du football congolais. Ils misent sur les grands rendez-vous des Léopards et sur l’atmosphère unique que peut générer une Coupe du monde, même au milieu de la nuit.
Reste que, pour la première Coupe du monde à 48 équipes de l’histoire, le principal défi des supporters kinois pourrait ne pas être de choisir leur favori, mais tout simplement de rester éveillés jusqu’au coup d’envoi.
Car du premier tour à la finale, le Mondial 2026 promet une aventure exceptionnelle pour les amoureux du ballon rond congolais… mais une aventure qui se vivra très souvent entre minuit et l’aube.
C.G

