Godé Mpoyi, André Wameso et la Banque Centrale : un acharnement devenu dangereusement obsessionnel

Depuis la nomination d’André Wameso à la tête de Banque Centrale du Congo, un phénomène intrigue de plus en plus les observateurs de la scène économique et politique congolaise : la multiplication des attaques du député national et économiste Godé Mpoyi contre l’institution monétaire du pays.

À première vue, le débat pourrait sembler sain. Après tout, la critique des politiques publiques est au cœur du jeu démocratique. Mais à mesure que les sorties médiatiques s’accumulent, que les formulations deviennent outrancières et que les interventions se répètent avec une étonnante régularité, une autre lecture s’impose progressivement : celle d’une campagne méthodique de déstabilisation dont les motivations profondes demeurent encore floues. Surtout lorsque l’on apprend que les sorties médiatiques y relatives sont financées par leur auteur…

La question n’est plus tant de savoir si Godé Mpoyi a le droit de critiquer la Banque Centrale — ce droit est incontestable — mais plutôt de comprendre pourquoi cette croisade paraît exclusivement concentrée sur la personne d’André Wameso, au point d’en prendre parfois des allures obsessionnelles.

De la politique de change à la bancarisation, du paiement des fonctionnaires au rôle économique des Églises, chaque initiative de la Banque Centrale semble désormais devenir matière à offensive publique. Le ton lui-même interroge.

Comparer la gestion monétaire d’un gouverneur à une menace « pire que le M23 » relève moins d’une analyse académique que d’une stratégie de dramatisation politique calculée.

Le plus frappant reste cependant la chronologie. Avant l’arrivée d’André Wameso à la tête de la Banque Centrale, Godé Mpoyi n’avait jamais manifesté un intérêt aussi soutenu pour les politiques monétaires de l’institution. Ni tribunes répétées, ni dénonciations permanentes, ni interventions en boucle sur les plateaux de télévision.

Aujourd’hui pourtant, chaque réforme engagée par la Banque Centrale semble provoquer une réaction quasi immédiate du député, souvent relayée dans des circuits médiatiques visiblement préparés à l’avance puisque financées par ses soins.

Dans les milieux financiers de Kinshasa, certains commencent d’ailleurs à voir en Godé Mpoyi moins un simple critique isolé qu’une sorte de porte-voix d’intérêts plus larges. Comme la partie visible d’un iceberg dont on ignore encore les forces tapies dans les fonds marins, ainsi que les véritables intentions.

Car derrière cette agitation médiatique récurrente, plusieurs analystes soupçonnent des résistances liées aux réformes de régulation financière et de modernisation du système bancaire engagées depuis quelques mois.

La Banque Centrale, de son côté, oppose une ligne de défense technocratique. L’institution rappelle, par exemple, que ses interventions sur le marché des changes répondent à des impératifs de stabilité macroéconomique, dans un contexte régional et international particulièrement instable. Elle souligne également que les réformes sur la circulation des devises ou la bancarisation visent à moderniser un système financier longtemps dominé par l’informel et les flux non traçables.

Mais dans ce bras de fer, un danger plus grand se profile : la politisation croissante du débat monétaire en RDC.

Une banque centrale n’est pas une arène politique ordinaire. Elle repose sur des mécanismes techniques complexes où la crédibilité, la confiance et la stabilité psychologique des marchés jouent un rôle déterminant.

De ce fait, lorsque des responsables politiques multiplient les accusations spectaculaires sans toujours distinguer le débat scientifique de la surenchère politique, le risque est réel de fragiliser davantage une économie déjà vulnérable.

Dans ce pays où la monnaie nationale reste sensible aux moindres turbulences, où la dollarisation demeure massive et où la confiance dans les institutions économiques reste fragile, transformer la Banque Centrale en champ de bataille politique pourrait produire des effets bien plus graves qu’un simple affrontement d’ego entre un député et un gouverneur. Au fond, la question essentielle n’est peut-être plus de savoir si certaines réformes de la Banque Centrale méritent d’être discutées — elles le méritent naturellement — mais plutôt de comprendre pourquoi cette contestation semble avoir cessé d’être une démarche constructive pour devenir une entreprise permanente de sape ciblée.

Et dans cette guerre de communication qui ne dit pas encore son vrai nom, André Wameso apparaît désormais moins comme un simple gouverneur critiqué que comme la cible centrale d’une offensive politique dont les contours restent encore largement invisibles.

Jonas Eugène Kota

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