Une nouvelle dynamique de réflexion sur les politiques commerciales de la République démocratique du Congo a été enclenchée à l’Université Catholique du Congo, où le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a lancé une série de conférences dédiées à la transformation structurelle de l’économie nationale. Devant un auditoire composé d’étudiants, de chercheurs et d’experts, le membre du gouvernement a placé le commerce extérieur au centre du débat, en tant que levier stratégique pour stimuler la capacité productive du pays.
Au cœur de son intervention, un constat chiffré : la croissance des exportations congolaises est indéniable, passant de 9,1 milliards USD en 2015 à 38,09 milliards USD en 2024. Toutefois, cette performance repose encore largement sur le secteur extractif, dominé par le cuivre, le cobalt et l’or, qui représentent près de 80 % des exportations, et plus de 94 % en incluant les produits dérivés.
Une dépendance que le ministre a jugée préoccupante, même si des signaux encourageants apparaissent dans l’agroalimentaire, dont la part a progressé de manière notable entre 2023 et 2024, amorçant une diversification encore timide mais stratégique.
Sur le front des importations, la tendance haussière — de 8,3 milliards USD en 2015 à 17,79 milliards USD en 2024 — reflète à la fois les besoins d’une économie en expansion et les fragilités structurelles de la production locale. La facture énergétique, en particulier, pèse lourdement, avec une dépendance accrue aux carburants destinés à l’industrie minière.
Parallèlement, les importations d’équipements industriels confirment l’orientation extractive de l’économie. Néanmoins, une évolution positive est relevée : la baisse des importations alimentaires suggère un début de substitution par la production locale, signe d’un redressement progressif du tissu agricole.
Face à ces déséquilibres, Julien Paluku Kahongya a insisté sur la nécessité d’un changement de paradigme. Il a plaidé pour un arrimage cohérent des politiques publiques — commerciale, agricole, énergétique et industrielle — afin de transformer le commerce extérieur en véritable moteur de développement.
Parmi les pistes évoquées figurent la promotion de la souveraineté alimentaire à travers la création de zones agricoles protégées, le soutien aux producteurs via des subventions ciblées, ainsi que le développement d’infrastructures de stockage modernes.
Le ministre a également mis en avant la nécessité d’une réforme fiscale orientée vers la production, avec l’élimination des taxes jugées pénalisantes et la mise en place d’une « taxation intelligente » susceptible d’encourager l’investissement, notamment dans le secteur agricole. L’objectif affiché est de faire du commerce extérieur non plus un simple canal d’exportation de matières premières, mais un vecteur structurant de l’industrialisation et de la création de valeur ajoutée.
Clôturant son intervention, le ministre a invité les milieux académiques à s’approprier ces enjeux et à contribuer à la réflexion stratégique nationale. « Les données existent, les opportunités sont là ; il appartient désormais à la jeunesse congolaise de s’en saisir pour bâtir une économie résiliente et diversifiée », a-t-il lancé, appelant à une mobilisation collective autour de la transformation économique du pays.
JDW

