Après des débuts laborieux à Montreux, les pourparlers entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 sont entrés mercredi 15 avril 2026 dans leur phase la plus intense. Tandis que la journée a été consacrée à l’urgence humanitaire, un protocole d’entente politique plus large doit être signé jeudi. La médiation internationale tient son souffle.
La mécanique diplomatique s’est emballée. À peine vingt-quatre heures après l’ouverture tendue du neuvième round des négociations, d’abord délocalisé à Montreux puis officiellement transféré à Genève, les délégations du gouvernement et de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC/M23) semblent avoir trouvé une dynamique.
Ce mercredi, indiquent des sources introduites, les discussions ont été entièrement dédiées au volet humanitaire. Demain, jeudi 16 avril, un protocole d’entente structurant devrait être paraphé.
Mercredi : la journée des « couloirs de retour »
L’ordre du jour de ce troisième jour de négociations ne laissait guère place à l’ambiguïté : il fallait répondre à l’urgence sur le terrain. Les échanges, qualifiés par une source proche de la médiation de « substantiels et inhabituellement concrets », ont porté sur trois points.
D’abord, l’établissement de corridors de retour sécurisés pour permettre aux déplacés internes et aux réfugiés de regagner volontairement leurs foyers – une promesse maintes fois formulées par le passé, jamais véritablement tenue.
Ensuite, la garantie d’un accès humanitaire sans entrave pour les organisations non gouvernementales (ONG) dans les zones contrôlées par l’AFC/M23. L’enjeu est colossal : nourriture, soins médicaux, eau potable – tout manque dans les territoires rebelles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Enfin, la consolidation d’un cessez-le-feu permanent. Les parties ont convenu que le silence des armes n’est pas une fin en soi, mais une condition préalable à toute assistance durable aux populations civiles. « Pas d’humanitaire durable sans sécurité réelle », a résumé un diplomate présent dans la salle.
Jeudi : un protocole d’entente en trois piliers
La médiation – menée par les États-Unis via Massad Boulos, le Qatar en appui distant, et la Suisse comme hôte – entend transformer l’élan humanitaire en accord politique. Un projet de protocole d’entente doit être signé jeudi 16 avril. Selon des sources concordantes, il s’articule autour de trois engagements majeurs :
- Un nouveau mécanisme de DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration), spécifiquement calibré pour l’AFC/M23. Les échecs des processus antérieurs – notamment ceux de Nairobi (2013) et de Luanda – ont été passés au crible. Le nouveau texte inclurait des « clauses de garantie » pour éviter les abandons en cours de route.
- Le statut politique de l’AFC : une reconnaissance, encadrée et progressive, de la rébellion comme acteur politique légitime, assortie de garanties de sécurité pour ses membres – une ligne rouge pour Kinshasa jusqu’ici.
- Des réformes territoriales dans l’est du pays, portant sur l’administration locale et la représentativité des communautés. Un sujet explosif, mais jugé incontournable pour sortir de la logique de confrontation armée.
Leçons du passé et pression internationale
Avant d’en arriver là, les délégations ont procédé, en amont, à une revue critique des accords précédents. L’Accord de Nairobi (2013) et les processus de Luanda ont été disséqués : pourquoi les clauses sur le rapatriement des combattants et l’intégration n’ont-elles jamais été pleinement appliquées ? La réponse, selon un participant, tient en deux mots : « défiance chronique et absence de garanties crédibles ».
D’où l’insistance, dans le futur protocole, à faire des médiateurs internationaux – Suisse, Union africaine, États-Unis – non plus de simples observateurs, mais des garants actifs de l’exécution.
Climat « tendu mais pragmatique »
Reste l’atmosphère. Les diplomates décrivent les échanges comme « tendus mais pragmatiques ». La pression internationale, inédite depuis des années, pèse sur les deux camps : Washington et Bruxelles veulent une stabilisation rapide de la région des Grands Lacs, tandis que les capitales africaines craignent un embrasement régional.
« Nous n’avons plus le luxe de l’échec », a glissé un médiateur à la sortie des discussions, ce mercredi.
À Montreux, la pendule tourne. Le protocole de jeudi ne sera sans doute pas la paix définitive. Mais il pourrait être la première pierre d’un édifice que l’on croyait à jamais inachevé.
JEK

