Forum économique RDC Angola : Mukoko Samba et José Massano appellent à concrétiser l’intégration économique bilatérale

En ouverture de la troisième édition du Forum économique RDC-Angola, qui se tient les 1ᵉʳ et 2 avril 2026 à Kinshasa, les ministres des deux pays ont dressé un constat sans appel : après deux éditions consacrées à poser les bases d’un dialogue structuré, l’heure est désormais à la « concrétisation ».

Réunis sous le thème de « l’intégration sous-régionale et le développement du commerce transfrontalier », les responsables gouvernementaux et opérateurs économiques ont été invités à transformer les déclarations d’intention en projets industriels, investissements et accords commerciaux.

Trois enjeux majeurs pour lever les blocages

Dans son discours d’ouverture, le vice-Premier ministre congolais, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a placé les travaux sous le signe de la « concrétisation ». Après avoir salué la vision commune des présidents Félix Antoine Tshisekedi et João Lourenço, il a identifié trois enjeux prioritaires.

Premier défi : la lutte contre le commerce informel, qui, s’il traduit le dynamisme des populations, prive les économies de ressources substantielles et freine la structuration des marchés. La réponse passe par la simplification des procédures administratives et la mise en place d’incitations adaptées à une formalisation progressive.

Deuxième axe : la facilitation des paiements. Mukoko Samba a rappelé que les divergences d’ancrage des monnaies ont longtemps constitué un obstacle au développement des échanges. La mise en place de systèmes financiers modernes et fiables est présentée comme une condition essentielle pour sécuriser les transactions et réduire leurs coûts.

Troisième priorité : la mutualisation des moyens pour des projets structurants. Évoquant un échange avec son homologue angolais, le ministre congolais a lancé l’idée d’une raffinerie commune entre les deux pays, illustration d’une ambition plus large visant à développer des chaînes de valeur régionales compétitives dans les hydrocarbures, la pêche, l’agriculture ou l’énergie.

L’Angola affiche ses réformes et appelle à investir

Le ministre d’État angolais, José de Lima Massano, chargé de la coordination économique, a pour sa part souligné la complémentarité naturelle des deux économies, qu’il appelle à traduire en résultats concrets dans les domaines de la sécurité alimentaire, de la transition énergétique, des infrastructures ou de l’inclusion financière.

José Massano a détaillé les réformes structurelles engagées par Luanda ces dernières années : programme de privatisation portant sur plus d’une centaine d’entreprises publiques, simplification des procédures administratives, et investissements massifs dans les infrastructures énergétiques, routières, ferroviaires et aéroportuaires.

« Le secteur non-pétrolier de notre économie a augmenté de plus de 10 % au cours des deux dernières années, soit la croissance la plus robuste de la dernière décennie », a-t-il indiqué, ajoutant que l’inflation se rapprochait de l’objectif d’un chiffre unique et que les réserves internationales, estimées à 15,3 milliards de dollars, couvrent 7,4 mois d’importations.

Massano a également adressé un message direct aux entrepreneurs présents. Avec un marché combiné de près de 170 millions d’habitants et un PIB nominal total de 190 milliards de dollars, le potentiel est immense, a-t-il souligné, alors que le commerce formel entre les deux pays reste limité à environ 600 millions de dollars par an, soit seulement 0,3 % du PIB cumulé.

« Le succès de l’intégration que nous défendons dépendra surtout de votre capacité à agir, à investir et à transformer les opportunités en projets concrets », a-t-il lancé.

Avancées concrètes et perspectives sectorielles

Plusieurs avancées concrètes ont été annoncées pour répondre aux préoccupations exprimées lors des précédentes éditions. Le poste frontalier de Luvo est désormais opérationnel, doté d’infrastructures modernes destinées à renforcer la sécurité des transactions et la formalisation progressive des activités commerciales.

D’autres postes frontaliers bénéficieront d’investissements similaires.Sur le plan financier, José Massano a indiqué que des institutions bancaires angolaises avaient récemment engagé des discussions avec la Banque centrale du Congo en vue d’obtenir des licences bancaires, une dynamique de nature à fluidifier les échanges. Il a également salué la coordination institutionnelle autour du corridor de Lobito, avec la création d’une agence dédiée à la facilitation du transport et du transit de marchandises entre la Zambie, la RDC et l’Angola.

Les travaux du forum, qui s’achèvent ce 2 avril, s’articulent autour des axes thématiques de la formalisation des échanges, de la facilitation financière, du secteur de l’énergie, de la pêche et de l’économie bleue, ainsi que des transports et infrastructures. Une session B2B va permettre aux opérateurs économiques des deux pays de nouer des contacts en vue de partenariats concrets.

À l’issue des deux jours de discussions, les participants attendent la formulation de recommandations opérationnelles, l’identification de projets structurants communs et, selon les vœux des ministres, des signatures d’investissements et d’accords commerciaux à même de marquer une « étape décisive dans la consolidation de la coopération et l’ouverture d’une nouvelle ère de prospérité partagée entre les deux peuples ».

Jonas Eugène Kota

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