Fuites de Mgr Kasanda, attaques politiques, tentatives de discrédit… : La CENCO fait ses mises au point en attendant de rendre des coups

L’ombre d’une guerre d’influence n’épargne même pas les sphères sacrées. À l’issue d’une session extraordinaire de l’Assemblée plénière tenue à Kinshasa du 23 au 25 mars, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) sort du silence.

Mais cette fois, l’institution religieuse ne s’est pas contentée de dénoncer la dégradation sécuritaire et humanitaire de la RDC : elle a choisi de répondre frontalement aux « attaques sournoises » qui visent, selon elle, à discréditer sa mission prophétique.

Sur fond de « fuites » médiatiques concernant Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, Évêque de Mbuji-Mayi, et de soupçons de manœuvres politiques visant à diviser l’épiscopat, la CENCO hausse donc le ton et les évêques annoncent la couleur : s’ils tendent la joue sur le plan spirituel, ils n’entendent pas laisser des « comptes » non réglés ternir leur communion.

« Ni indifférente, ni muette »

Dans une déclaration rendue publique ce jeudi, les archevêques et évêques réaffirment leur détermination à poursuivre leur mission prophétique « contre vents et marées ». Un avertissement qui résonne comme un coup de semonce à l’endroit de ceux qui, dans la sphère politique, tenteraient de réduire l’Église à un acteur silencieux.

Les prélats rappellent avec fermeté le droit fondamental de l’Église à « porter un jugement moral, même sur des affaires qui regardent l’ordre politique, quand les droits fondamentaux de la personne humaine et le salut des âmes l’exigent ».

Une citation qui, dans le contexte actuel, prend des allures de ligne rouge tracée dans le sable.

Discrédit et « zizanie » : le cri d’alarme

Mais le passage le plus percutant de la déclaration réside dans le constat, amer, d’une offensive discrète mais redoutable contre l’unité de la conférence épiscopale. « Nous sommes bien conscients que certaines personnes s’évertuent sournoisement à discréditer notre mission, à semer la zizanie entre nous ou à nous engager dans une sorte de guerre de religions », peut-on lire dans le texte.

Cette mise au point intervient alors que des informations non vérifiées circulaient récemment sur une prise de position à huis clos de Mgr Kasandanmais divulguée au public, jetant un trouble dans l’opinion.

Pour la CENCO, ces manœuvres visent à fragiliser le bloc épiscopal, souvent perçu par le pouvoir comme un contre-pouvoir gênant. Désormais, les évêques appellent les fidèles et « les femmes et hommes de bonne volonté » à la prudence et au discernement.

Le « Pacte social » pour rappel

Sur le fond politique, les évêques ne font aucune concession. Alors que la situation sécuritaire reste préoccupante à l’est du pays, ils réaffirment leur credo : « Le dialogue est supérieur à la guerre ».

Ils remettent sur la table l’initiative du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble, prenant soin de préciser qu’il ne saurait être confondu avec « un dialogue visant le partage du pouvoir ». Une précision de taille qui éloigne toute tentative de récupération politique d’une éventuelle table ronde, dans un climat où les soupçons de manipulation des cadres religieux persistent.

En cette solennité de l’Annonciation du Seigneur, les évêques ont choisi de clore leurs assises par une déclaration aussi spirituelle que politique. Si la prière pour l’intercession de Marie, « Reine de la paix », clôt le texte, la séquence des signatures – de Mgr Fulgence Muteba à l’Abbé Cyrille Ikomba – témoigne d’une unité retrouvée face à l’adversité.

La CENCO a rendu publique sa position mais reste à savoir quels « comptes » elle entend désormais régler avec ceux qui, dans l’ombre, cherchent à saper son autorité morale. Une certitude en attendant : l’Église catholique en RDC n’entend pas se laisser dépouiller de sa voix.

JEK

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