« Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve » : la RDC lance l’offensive Lumumba à l’OIF

La formule claque comme un slogan de campagne et s’impose déjà comme une signature politique : « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve ». C’est sous cette bannière que Juliana Amato Lumumba, candidate de la République démocratique du Congo au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a présenté sa feuille de route au Président Félix Tshisekedi, vendredi 20 mars 2026, à la Cité de l’Union africaine.

Au terme de cet entretien, le chef de l’État a réaffirmé un soutien sans équivoque. Kinshasa « mettra tout en œuvre » pour porter cette candidature sur les plans diplomatique et politique, dans une séquence qui marque l’entrée officielle de la RDC dans la bataille pour le leadership francophone.

Une vision : refonder la Francophonie

Derrière la rime des 9, une ambition : refonder en profondeur le projet francophone. La feuille de route de Juliana Lumumba s’articule autour d’une idée centrale : faire émerger une “Francophonie des peuples, par les peuples et pour les peuples”.

Longtemps perçue comme un espace institutionnel dominé par des logiques étatiques et des héritages historiques, l’OIF serait appelée, dans cette vision, à se transformer en communauté vivante, inclusive et connectée aux réalités sociales. L’objectif de la nouvelle vision est : dépasser la Francophonie culturelle classique pour en faire un véritable espace de solidarité, d’influence et d’action.

Neuf projets, une architecture stratégique

Si le détail exhaustif des neuf projets n’a pas encore été rendu public, les axes structurants dévoilés dessinent une architecture cohérente, à la fois politique, sociale et technologique.

Une Francophonie plus solidaire – Le projet met en avant la nécessité de tisser des liens durables entre les communautés francophones, au-delà des continents, dans une logique de coopération horizontale.

Une Francophonie de paix et de souveraineté – La candidature congolaise assume une orientation plus politique : faire de l’OIF un acteur engagé dans la prévention des conflits, la défense de la paix et le respect de la souveraineté des États.

Une Francophonie de la jeunesse – Avec une population majoritairement jeune dans l’espace francophone, notamment en Afrique, la feuille de route insiste sur l’investissement massif dans la jeunesse, perçue comme moteur de transformation.

Une Francophonie de l’éducation et du savoir – L’accès à une éducation de qualité et la circulation des savoirs constituent un pilier central, avec une attention particulière portée à l’innovation pédagogique et au numérique.

Une Francophonie de l’innovation – L’ambition est également technologique : positionner l’espace francophone comme un acteur du numérique mondial, capable de produire, partager et maîtriser ses propres outils.

Une Francophonie inclusive et diversifiée -Enfin, le projet valorise la diversité linguistique et culturelle interne, dans une approche qui dépasse le seul usage du français pour embrasser la pluralité des identités.

Candidature au cœur d’un agenda diplomatique

Cette présentation s’inscrit dans une séquence diplomatique soigneusement orchestrée. La veille, Juliana Lumumba avait été officiellement présentée au corps diplomatique francophone. Dans la foulée, le Président Tshisekedi a engagé une mobilisation active des ambassadeurs accrédités en RDC, appelés à relayer et soutenir cette candidature dans leurs capitales respectives.

Cette dynamique traduit une volonté de faire de la candidature Lumumba un projet d’État, et non une simple initiative individuelle.

Au-delà du programme, l’enjeu est éminemment géopolitique. Avec plus de 100 millions de locuteurs, la RDC est le plus grand pays francophone au monde. Sa candidature à la tête de l’OIF apparaît ainsi comme une revendication de leadership au sein de cet espace.

Kinshasa entend peser davantage dans une organisation souvent perçue comme influencée par ses membres historiques, notamment européens. En ce sens, la démarche congolaise s’inscrit dans un mouvement plus large : celui d’une reconfiguration des équilibres au sein de la Francophonie, au profit du Sud.

Francophonie et puissance

Avec « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve », la RDC ne propose pas seulement un programme : elle avance une doctrine : Celle d’une Francophonie :

  • politique, capable d’influencer les équilibres internationaux
  • sociale, ancrée dans les réalités des populations, et
  • économique et technologique, tournée vers l’avenir

En soutenant Juliana Lumumba, Kinshasa transforme ainsi l’échéance de l’OIF en instrument de soft power, visant à repositionner le pays sur la scène internationale.

Une rime, un signal

Dans les cercles diplomatiques comme dans l’opinion, la formule fait mouche. « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve » n’est pas qu’un effet de style : elle incarne manifestement une volonté de rupture.

Reste à savoir si cette ambition saura convaincre au-delà des mots, dans un espace francophone traversé par des intérêts multiples et parfois divergents. Mais en attendant, on retient qu’avec cette candidature, la RDC a décidé de jouer pleinement sa partition dans le concert des puissances francophones.

Jonas Eugène Kota

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