Fidèle à son engagement éditorial de mettre en lumière la production scientifique nationale, Congo Guardian poursuit sa série de publications consacrées à la semaine des soutenances des mémoires de Diplôme d’Études Approfondies (DEA) organisée récemment à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC). Pendant plusieurs jours, en effet, les auditoires de l’université ont vécu au rythme d’un véritable « festival » scientifique, où chercheurs, professeurs et doctorants ont exploré une mosaïque impressionnante de thématiques : communication politique, diplomatie climatique, médias numériques, désinformation ou encore transformations sociétales à l’ère digitale.
À travers cette diversité de sujets, une évidence s’impose : les Sciences de l’Information et de la Communication en RDC se saisissent désormais des grandes questions du temps présent.
Présidentielle 2023 : la politique comme stratégie médiatique

L’un des travaux les plus marquants de cette session est celui du chercheur Alain Nkoy Nsasies, consacré à la mercatisation des candidats à la présidentielle de 2023 dans les médias en ligne.
Pour comprendre ce phénomène, le chercheur remonte à un moment fondateur de la communication politique moderne : le célèbre débat télévisé du 26 septembre 1960 entre John F. Kennedy et Richard Nixon. Un duel médiatique devenu un cas d’école de la politique spectacle, analysé notamment par Daniel J. Boorstin dans The Image.
Plus de soixante ans plus tard, le principe reste le même : la bataille électorale se joue aussi dans l’arène médiatique.
Dans son mémoire intitulé « Médias et mercatisation des candidats à la présidentielle de 2023 en RDC », Alain Nkoy analyse comment les prétendants à la magistrature suprême ont construit leur image publique dans la presse en ligne : ton du discours, posture, style vestimentaire, slogans et promesses politiques.
L’étude se déploie en deux temps. Une première partie théorique mobilise les concepts d’information politique, de communication politique et de marketing politique, appuyés par les théories de l’argumentation et de l’appropriation.
La seconde s’appuie sur une analyse comparative des promesses et positionnements de six candidats sélectionnés dans l’échantillon de recherche.
Conclusion : les visions politiques divergent, parfois se complètent, mais toutes s’appuient sur des stratégies discursives soigneusement construites.
Pour avoir démontré que la présidentielle congolaise de 2023 fut aussi une compétition de récits et d’images, le jury a décerné au chercheur la Grande Distinction.
Diplomatie climatique : la RDC construit son statut de « pays solution »

Autre domaine exploré durant cette semaine scientifique : la communication environnementale et la diplomatie climatique.
Dans son mémoire, Bilonda Françoise Doryllia — assistante à l’Université Officielle de Mbuji-Mayi — analyse la manière dont la République démocratique du Congo mobilise le discours environnemental pour légitimer son statut de « pays solution » lors des grandes négociations climatiques internationales, notamment pendant la COP27.
La question centrale de la recherche est claire : comment la RDC transforme-t-elle sa vulnérabilité écologique en levier diplomatique face aux pays les plus pollueurs ?
L’étude montre que les discours officiels congolais mettent systématiquement en avant l’importance stratégique du bassin forestier du pays, présenté comme un service écologique rendu à l’humanité entière.
Pour analyser cette construction discursive, la chercheure s’appuie notamment sur les travaux d’Émile Benveniste sur l’énonciation, ainsi que sur les théories des actes de langage développées par John L. Austin et John Searle, complétées par l’approche argumentative de Chaïm Perelman et Ruth Amossy.
Trois dimensions rhétoriques structurent le discours congolais :
L’éthos, qui présente la RDC comme un acteur responsable de la protection environnementale mondiale ;
Le pathos, mobilisant l’émotion liée à la vulnérabilité des populations africaines face au changement climatique ;
Le logos, fondé sur des données scientifiques et juridiques pour soutenir les revendications diplomatiques.
L’analyse conclut que la RDC tente ainsi de repositionner son image internationale : non plus un simple pays vulnérable, mais un acteur central de la gouvernance climatique mondiale.
Désinformation : une riposte institutionnelle encore fragile

À l’ère des réseaux sociaux, un autre défi majeur a également retenu l’attention des chercheurs : la désinformation.
Dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, la circulation rapide de l’information — et des rumeurs — pose un défi inédit aux institutions. C’est ce qu’examine Jean-Bedel Ndandula Onkam dans son mémoire consacré au fact-checking en RDC.
Son étude analyse l’efficacité du dispositif de lutte contre la désinformation reposant sur trois acteurs : le régulateur, les médias et les initiatives d’éducation aux médias.
À travers quinze entretiens semi-directifs avec des acteurs du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), des journalistes spécialisés dans la vérification des faits et des organisations de la société civile, complétés par des focus groups et l’analyse de trente opérations de fact-checking, le chercheur identifie trois failles majeures :
- l’absence de coordination entre régulateur, journalistes et éducateurs aux médias ;
- une posture essentiellement réactive du régulateur face aux fausses informations ;
- la persistance de croyances collectives qui rendent certaines rumeurs plus résistantes que les preuves factuelles.
Trois pistes de solutions sont proposées : former les leaders communautaires aux gestes de vérification de l’information, faciliter l’accès gratuit aux outils de fact-checking via des partenariats avec les opérateurs télécoms, et transformer le régulateur en facilitateur du dialogue numérique plutôt qu’en simple organe de sanction.
Le jury a salué la pertinence et la profondeur de l’analyse en attribuant au travail la Très Grande Distinction.
Une université au cœur des enjeux contemporains
Au fil des soutenances, une conclusion s’impose : les mémoires présentés illustrent la fabuleuse diversité des sujets et des domaines explorés par les chercheurs en Sciences de l’Information et de la Communication. Communication politique, diplomatie environnementale, médias numériques, gouvernance de l’information : autant de terrains qui montrent que l’université congolaise ne se contente plus d’observer la société. Elle cherche à l’expliquer, à l’anticiper et parfois à orienter l’action publique.
Cette effervescence scientifique intervient dans un contexte de renouveau institutionnel à l’UNISIC. Sous la direction du Comité de gestion conduit par la professeure Espérance Bayedila Bakanda Tshimungu, l’université semble retrouver un nouvel élan académique.
Le « festival » des DEA apparaît ainsi comme bien plus qu’une série de soutenances : le symbole d’un nouveau souffle scientifique qui redonne à l’UNISIC sa place de laboratoire d’idées et de réflexion stratégique au service de la République démocratique du Congo.

