Le système de santé de la RDC à la dérive alors que le M-pox refait surface

L’alerte lancée le 10 février par le ministère de la Santé de la République démocratique du Congo dresse un tableau inquiétant d’un système de santé en train de sombrer progressivement. Selon les données mêmes du ministère, les taux de positivité au Mpox dans la province du Haut-Katanga ont bondi à un niveau alarmant de 58 % au début de l’année 2026, bien au-dessus de la moyenne nationale déjà préoccupante de 39 %.

Plus inquiétant encore, le virus s’est installé dans des centres urbains densément peuplés comme Lubumbashi ainsi qu’aux points frontaliers stratégiques — des zones qui auraient pourtant dû être prioritaires en matière de prévention et de contrôle.

Cette résurgence met en lumière de profondes défaillances de gouvernance. Alors que le ministère souligne que seulement 1,5 million de personnes ont été vaccinées dans huit des 26 provinces du pays, ce chiffre est manifestement insuffisant pour une nation de plus de 100 millions d’habitants.

Après des années d’alertes lancées par les experts de la santé et de flambées épidémiques répétées, les efforts de vaccination restent désespérément lents et géographiquement limités. Une « réponse intensifiée » est désormais déclarée urgente, mais l’urgence ne devrait pas commencer uniquement lorsque la crise est déjà hors de contrôle.

La RDC ne découvre pas le Mpox aujourd’hui. Le virus a été identifié pour la première fois chez l’homme dans le pays en 1970, faisant de la RDC le berceau même du savoir scientifique mondial sur cette maladie. Plus de cinquante ans plus tard, les épidémies récurrentes ne peuvent raisonnablement être attribuées ni à la surprise ni au manque de connaissance.

Avec des investissements soutenus, des systèmes de surveillance solides et des stratégies de vaccination rapides, le Mpox aurait pu être efficacement maîtrisé depuis longtemps. La négligence et le sous-financement chronique ont permis à la maladie de s’installer durablement.

Cet échec a des conséquences qui dépassent le cadre de la santé publique. Alors que le Mpox se propage dans les zones frontalières et les grandes villes, le risque d’isolement international s’accroît. Étrangers, investisseurs et même travailleurs humanitaires pourraient de plus en plus hésiter à se rendre en RDC, inquiets du risque d’infection et de la capacité de l’État à gérer les épidémies.

Dans un monde globalisé, l’insécurité sanitaire se transforme rapidement en vulnérabilité économique et diplomatique.

Les citoyens congolais ordinaires demeurent les principales victimes de ce déficit de gouvernance. Ils supportent le coût d’une prévention faible, de réponses tardives et d’infrastructures sanitaires inadéquates.

Depuis son accession au pouvoir en janvier 2019, le président Félix Tshisekedi a promis une amélioration de la gouvernance et de meilleurs services sociaux. Pourtant, dans le secteur de la santé, les résultats concrets restent difficiles à percevoir. La persistance du Mpox, aux côtés d’autres maladies évitables, laisse penser que ces promesses ne se sont pas traduites par des actions efficaces.

Ce schéma n’est pas nouveau. Les épidémies répétées d’Ebola au cours des dernières décennies ont, elles aussi, révélé des faiblesses systémiques — lenteur des réponses, mauvaise coordination et investissements insuffisants dans les soins de santé de proximité. Les leçons qui auraient dû renforcer la préparation ont été largement ignorées, laissant une fois de plus le système vulnérable.

Si le gouvernement congolais se souciait réellement de la protection de sa population, des campagnes de vaccination de masse auraient été déployées à l’échelle nationale, la surveillance aux frontières renforcée et les foyers urbains ciblés de manière agressive. Les retards accumulés ont permis au Mpox de se propager, renforçant l’image d’un État incapable — ou peu disposé — à protéger la santé de son peuple.

Tant que les défaillances de gouvernance ne seront pas corrigées, le système de santé de la RDC restera à la dérive, et ses citoyens continueront d’en payer le prix.

A.O

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