Alors que le régime de Paul Kagame invoque, depuis trente ans, la présence des rebelles hutus FDLR en RDC pour justifier ses interventions militaires dans ce pays, un dossier exhaustif dévoile les mensonges, les contradictions et les manœuvres délibérées de Kigali pour entretenir ce prétexte sécuritaire, tout en reconnaissant officieusement que la menace est aujourd’hui résiduelle.
La présence des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) dans l’est de la République Démocratique du Congo est, depuis 1994, le casus belli récurrent brandi par Kigali pour légitimer ses agressions répétées, son soutien à des rébellions comme le M23 et son ingérence permanente dans les affaires intérieures du voisin riche en ressources critiques.
Pourtant, une analyse rigoureuse des faits et des déclarations officielles rwandaises elles-mêmes révèle un double discours flagrant. Une publication de référence de plus de 128 pages, intitulé « FDLR et les « Banyamulenge » en RDC, les vérités zappées », réalisé par le journal en ligne congolais Congo Guardian et à paraître, compile des preuves accablantes. S’appuyant notamment sur des documents secrets des services de sécurité rwandais, ce dossier démontre que les FDLR n’ont jamais constitué une menace existentielle pour le Rwanda et que Kigali a systématiquement saboté les efforts pour les éradiquer.
Une menace existentielle ? Un mensonge étayé par… les services rwandais eux-mêmes
Le narratif officiel rwandais est limpide : les FDLR, héritières des forces génocidaires de 1994, planifient depuis la RDC le renversement du régime de Kigali et menacent la sécurité nationale. La réalité, exposée dans le dossier de Congo Guardian, est tout autre.
Dès l’introduction d’un rapport secret des services de renseignement rwandais daté du 19 janvier 2021 et auquel Congo Guardian a eu accès, le ton est donné : « Le Rwanda apprécie beaucoup les opérations chirurgicales des FARDC qui ont sérieusement ébranlé et dégradé les groupes armés opposés au Gouvernement du Rwanda, y compris la neutralisation de la plupart de leurs commandants supérieurs ».
Plus explicite encore, l’ambassadeur du Rwanda en RDC, Vincent Karega, déclarait sur les ondes de Radio Top Congo le 10 décembre 2021 : « les combattants FDLR ne constituent plus une menace pour le Rwanda ».
Comment alors justifier près de trente ans d’interventions militaires, de soutien à des rébellions et d’occupation de territoires congolais au nom d’une menace que l’on reconnaît soi-même comme évanouie ? La question est d’autant plus lancinante que six mois après les déclarations de l’Ambassadeur rwandais a Kinshasa, soit en juin 2022,les forces rwandaises sous label M23 prenaient le contrôle de Bunagana pour évoluer ensuite jusqu’à Uvira en passant par Goma et Bukavu ainsi que d’autres territoires congolais devenus tristement célèbres à cause de ces meurtriers va-et-vient rwandais.
Cette contradiction n’est, d’ailleurs, que la partie émergée d’un système de duplicité bien rodé.
Une éradication active… sabotée par Kigali lui-même
Le dossier de Congo Guardian retrace méticuleusement l’étendue des efforts fournis par la RDC, souvent avec l’appui de la MONUSCO et la participation du Gouvernement rwandais – notamment à travers des opérations de traque conjointe abouti avec satisfaction de toutes les parties – pour neutraliser et rapatrier les combattants FDLR, via le programme DDRRR (Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réinsertion et Réintégration).
Les faits sont têtus, comme ceux-ci à titre purement illustratif :
- Des milliers de combattants et leurs dépendants ont été rapatriés au Rwanda, officiellement accueillis par les autorités au Centre de Transit de Mutobo.
- Les opérations militaires des FARDC (comme Kimia II ou Amani Leo) ont abouti à la neutralisation de centaines de combattants et à la capture ou la reddition de nombreux autres.
- Le rapport secret rwandais de 2021 dresse d’ailleurs une liste détaillée des commandants FDLR « neutralisés » par les FARDC, dont le chef suprême Sylvestre Mudacumura, tué en septembre 2019.
Pourtant, parallèlement à ces succès, le Rwanda a multiplié les manœuvres pour faire échouer l’éradication définitive des FDLR. L’ouvrage documente plusieurs méthodes :
1. Attaques armées contre les camps de transit : À plusieurs reprises (à Lubero, Bunyatenge, Kasiki…), des camps où des combattants FDLR étaient regroupés en vue de leur rapatriement ont été attaqués, dispersant les effectifs.
2. Recyclage des combattants rapatriés : Des éléments ex FDLR rapatriés, réintégrés et dotés de papiers d’identité rwandais étaient renvoyés en RDC par les services secrets de Kigali pour perpétuer le prétexte de leur présence, notamment en s’attaquant délibérément aux communautés tutsis congolaises.
3. Création de groupes pseudo-FDLR : Le Rwanda a créé ou soutenu des milices (comme les « Ninja » à Bunyakiri ou « Ntwanaero » à Minembwe) commettant des exactions sous le label FDLR pour entretenir le narratif de la menace.
La vraie stratégie : un prétexte à géométrie variable
La conclusion qui s’impose est cinglante. La « menace FDLR » est un prétexte instrumental, ajusté en fonction des besoins stratégiques et économiques de Kigali. Lorsqu’il s’agit de justifier une nouvelle offensive ou de faire pression sur Kinshasa, la rhétorique alarmiste est de mise.
Mais lorsque les faits ou des documents internes risquent de révéler la vérité, les autorités rwandaises admettent, à demi-mot, l’efficacité des opérations congolaises et la réduction drastique de la menace.
Ce double jeu sert plusieurs objectifs inavoués :
Légitimer l’ingérence et l’exploitation des ressources minières de l’Est congolais
Maintenir une emprise sur la sécurité régionale en se posant comme acteur incontournable
Éviter un dialogue politique inclusif au Rwanda en externalisant perpétuellement la crise de cohabitation ethnique et ce que le régime de Paul Kagame considère comme la « menace hutue ».
Aujourd’hui, alors que le Rwanda invoque à nouveau la « collaboration sécuritaire » avec le M23 pour se prémunir des FDLR, le dossier de Congo Guardian rappelle une vérité essentielle : le plus grand obstacle à la paix dans les Grands Lacs n’est pas un groupe armé résiduel, mais la duplicité délibérée d’un État qui entretient le chaos chez son voisin pour servir ses propres intérêts.
La communauté internationale, souvent complice par sa passivité, ne pourra plus invoquer l’ignorance. Les preuves de la contradiction et du mensonge d’État sont désormais compilées, noires sur blanches, dans un document qui démonte trente ans de propagande.
A paraître très bientôt.

