Processus de paix en RDC : Lomé accueille ce samedi une réunion cruciale de tous les facilitateurs

La diplomatie africaine prépare un nouveau tournant. Ce samedi, Lomé deviendra le point de convergence inédit de tous les facilitateurs impliqués dans la crise de l’Est de la RDC et de la région des Grands Lacs. Sont annoncés : l’Union africaine (UA), la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la SADC, la CIRGL, la CEEAC, ainsi que les représentants des processus parallèles de Doha, Washington et Luanda.

Plusieurs personnalités majeures sont déjà arrivées à Lomé pour cette réunion de haut niveau, conformément aux images et confirmations circulant sur les réseaux sociaux.

On parle, par exemple, d’Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria ; Uhuru Kenyatta, ancien président du Kenya ; Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l’Éthiopie ; Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana ; Catherine Samba-Panza, ancienne présidente de la République centrafricaine.

Tous participent à cette rencontre du 17 janvier 2026, consacrée à la cohérence et à la consolidation des processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs, sous la présidence du chef de l’État togolais Faure Essozimna Gnassingbé, médiateur principal mandaté par l’Union africaine.

L’Afrique tente d’unifier les fronts diplomatiques

Ces derniers mois, la crise congolaise a été marquée par une prolifération de mécanismes, de médiations et de démarches parallèles : le processus de Nairobi (EAC), le processus de Luanda (Angola – UA), les pourparlers de Doha, les discussions de Washington, les efforts militaires et diplomatiques de la SADC, sans compter les consultations religieuses structurées par la CENCO, l’ECC et l’ERC.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs analystes décrivent cette accumulation comme un “orchestre sans chef”, rendant difficile la lisibilité du chemin vers la paix.

La réunion de Lomé vise précisément à mettre fin à cette fragmentation.

Faure Gnassingbé en chef d’orchestre

Le président togolais Faure Gnassingbé, médiateur de l’Union africaine pour les discussions avec l’AFC/M23 dans le cadre de Doha, sera l’hôte de cette rencontre.

Selon plusieurs sources diplomatiques, l’objectif est de parvenir à une harmonisation structurée pour déterminer définitivement qui fait quoi, quel processus prime, comment coordonner les engagements déjà signés, comment éviter les duplications entre Doha, Luanda, Washington et la SADC.

Les conseillers du président togolais ont déjà annoncé que le Togo souhaite “offrir une plateforme neutre et stable” afin de clarifier le rôle de chaque organisation régionale.

Le contexte : un ballet diplomatique jamais vu autour de la RDC

La réunion intervient après une série de consultations intensives qui ont récemment eu lieu autour du président angolais João Lourenço, président en exercice de l’Union africaine.

Ces consultations ont installé Luanda comme hub diplomatique, mais elles ont aussi révélé une inquiétude croissante quant à la multiplication des forums non coordonnés.

Sur X (ancien Twitter), plusieurs observateurs ont récemment écrit : “Il faut un cockpit unique. La paix au Congo ne peut dépendre de cinq tours de contrôle.”

Doha et Washington : les pièces maîtresses que Lomé va recadrer

Du côté de Doha, cinq instruments clés signés en 2025 ont été salués comme des “acquis irréversibles” par l’AFC/M23.

Washington, pour sa part, facilite les discussions entre la RDC et le Rwanda.

Mais les groupes armés, les partis politiques et même certains diplomates ont exprimé publiquement leurs doutes sur la coordination globale, certains parlant de “processus en parallèle”, d’autres de “pistes concurrentes”.

La réunion de Lomé devra répondre à ces préoccupations : clarifier le rôle de Doha dans le nouveau schéma, articuler les avancées de Luanda, encadrer la contribution américaine, intégrer la SADC, dont les troupes sont engagées sur le terrain, et redonner une cohérence continentale à l’action de l’UA.

Une pression morale : les Églises congolaises en toile de fond

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes et leaders d’opinion rappellent aussi le rôle crucial des Églises congolaises.

La CENCO et l’ECC, fortes de leur Pacte social pour la paix, sont devenues des piliers de la navigation politique actuelle.

Leur récente audience auprès de João Lourenço à Luanda a été très commentée. Les internautes ont noté que : “Sans les Églises, aucun dialogue ne tient en RDC. De Mobutu à Kabila, c’est toujours elles qui ont stabilisé les grands virages.”

Même si elles ne seront pas officiellement autour de la table à Lomé, leurs propositions pèseront dans les conclusions.

Lomé, un moment décisif avant le lancement du dialogue

Selon plusieurs sources diplomatiques congolaises, la rencontre de Lomé vise à produire : un cadre commun de coordination, un document unique de travail, une clarification du rôle de chaque médiateur, et un calendrier indicatif pour le lancement effectif du dialogue politique inclusif. Certains diplomates africains ont même évoqué une “réunion fondatrice”, susceptible d’être l’équivalent, pour la région, d’un Accord-cadre de coordination.

Conclusion : un tournant très attendu

Cette réunion de Lomé pourrait devenir la charnière du futur dialogue politique en RDC. Depuis plusieurs mois, la communauté internationale et régionale constate que les fronts militaires stagnent, les médiations s’empilent, les acteurs politiques se crispent et les populations civiles paient le prix le plus élevé.

Si Lomé parvient à offrir une architecture unique et cohérente, alors le dialogue politique inclusif — déjà en gestation à Luanda — pourrait enfin prendre une forme claire, lisible et opérationnelle. Le rendez-vous de ce samedi à Lomé sera donc crucial : c’est là que se jouera la colonne vertébrale du futur processus de paix en RDC.

JEK

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *