Il est un peu plus de 9 heures lorsque l’avion ministériel fend le ciel pâle de Bunia. À son bord, John Banza Lunda, tout juste rentré du Maroc à l’aube, n’aura accordé ni repos ni transition à son agenda. À 4 heures du matin, il atterrit à N’djili. À 9 heures, il repart déjà, cette fois vers l’Ituri. Une escale éclair qui illustre bien l’objet de cette visite : accélérer, vérifier, pousser — convaincre par l’action. Car le chef des Infrastructures et Travaux Publics revendique désormais un rôle de capteur de terrain : ce qui se construit doit se constater.
Sur le tarmac encore en chantier de Bunia, l’ambiance est électrique, presque euphorique. Une foule dense entoure le ministre, les appareils photo crépitent, les cris se mêlent à la poussière et à l’odeur du kérosène. Pour l’Ituri, l’arrivée de John Banza Lunda est un signal politique fort — et une promesse de continuité — dans une province où les infrastructures deviennent le langage concret du pouvoir central.
Le ministre est accompagné d’une solide délégation de députés nationaux élus de l’Ituri et du Nord-Kivu. Tous veulent voir, mesurer, interroger les transformations visibles d’une ville longtemps désignée par l’enclavement.
Un geste républicain, une méthode pragmatique
À peine les accolades terminées, John Banza Lunda s’acquitte des usages : direction le gouvernorat militaire. Dans son bureau, le lieutenant-général Johnny Luboya N’kashama l’attend. L’entretien est formel mais cordial. Collaboration totale — tels sont les mots d’ordre. Le ministre félicite le gouverneur pour “une transformation de fond du territoire”. Le militaire, lui, valide la présence de l’État.
Cette alliance tacite — l’armée qui stabilise, le gouvernement qui bâtit — s’inscrit dans la vision voulue par Félix-Antoine Tshisekedi : montrer à l’Est que la reconstruction n’est pas théorique.
Bunia change d’échelle

Première étape, hautement symbolique après le protocole et les exigences politiques : l’aéroport.
Mont Gabaon, l’entreprise en charge du chantier, a asphalté 2.500 mètres de piste — une longueur qui change tout. Désenclavement, cargo, passagers, échanges… Pour les techniciens, c’est un tournant stratégique. Pour les Ituriens, c’est un rêve qui remonte à… 1954.
En effet, le projet, imaginé à l’époque coloniale, n’avait jamais été achevé. Le régime Tshisekedi, lui, en fait un marqueur. À Bunia, ce détail historique circule de bouche en bouche : « ce que les Belges ont projeté, Félix l’a concrétisé ».

Une tour de contrôle moderne émerge déjà, l’aérogare aussi. Les structures sont là, les finitions suivront. Ce jour, John Banza Lunda repart satisfait.
L’Unibu, futur pôle scientifique
À Tchéri, c’est un autre monde. Les murs de l’Université de Bunia montent déjà sous les couches de peinture fraîche. Auditoires, laboratoires, bureaux : la ville se dote d’une université qui veut jouer dans la cour des grands.
Le ministre fait la tournée des salles, échange avec les techniciens, puis lâche une phrase qui circule immédiatement parmi les étudiants : “Vous aurez un cadre d’apprentissage aux standards internationaux.”
Il pousse plus loin : l’implantation d’une faculté de Polytechnique. Objectif : former sur place la main-d’œuvre qui construira l’Ituri de demain.
Carrières et voiries : le ministre veut du solide
Pour comprendre le matériau, il faut remonter à la source. John Banza Lunda visite les carrières de Good News Sarlu et Mont Gabaon Sarlu. Concassage, enrobés, capacité technique : le ministre inspecte.
A mi-parcours de la tournée, un constat s’impose : Bunia change vite. La voirie s’élargit. L’émissaire du gouvernement le note, l’encourage et réclame de la constance.
Les routes stratégiques dans le viseur
Carnet noir en main, le Ministre des Travaux publics poursuit son inspection sans désemparer. Il pointe cette fois-ci les artères vitales :
– Mahagi – Bunia – Komanda, cœur de la RN27, jusqu’à la RN4 vers Kisangani,
– Bunia – Kasenyi, jusqu’aux rives du lac Albert.
Au total, 185 km vers Mahagi et 75 km vers Komanda : des tronçons à moderniser, réhabiliter, sécuriser, impérativement car ce sont des axes économiques qui conditionnent le commerce, l’agriculture et la mobilité civile.
“Ce n’est pas un hasard, c’est une décision politique”
À chaque arrêt dans son parcours, le ministre martèle l’origine de cette accélération : Félix-Antoine Tshisekedi. “Le Chef de l’État ne cesse de déployer des efforts pour l’élan de développement de la République Démocratique du Congo,”* répète-t-il.
Car cette mission n’est pas isolée : elle s’inscrit dans le programme prioritaire du Gouvernement Suminwa 2, où les infrastructures constituent la colonne vertébrale.
Envoyer un ministre sur le terrain, c’est envoyer un message : les chantiers doivent sortir des discours. Et dans une province encore travaillée par l’insécurité, les déplacements restent des actes politiques pleins de volonté. Ici, un tronçon routier vaut parfois plus qu’un discours institutionnel.
Et à Bunia, on parle développement comme on parle respiration — avec urgence.
La visite de John Banza Lunda aura été courte, mais dense et démonstrative. Comme si l’Est du pays ne pouvait plus attendre.
Il s’agissait de confirmer une chose : pour l’Ituri, l’infrastructure devient une réponse ; pour Kinshasa, un engagement et pour Félix Tshisekedi, un terrain où se mesure la crédibilité du pouvoir.
Et à Bunia, les résultats sont au rendez-vous.
Jonas Eugène Kota

