Diplomatie régionale sous très haute tension. Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, est arrivé dimanche 14 décembre en Angola pour, selon des sources dignes de foi, une rencontre tripartite décisive avec son homologue rwandais Paul Kagame, sous la médiation du président angolais João Lourenço. Un sommet à haut risque, organisé dans un contexte explosif marqué par la prise d’Uvira par le M23, soutenu par le Rwanda, et par une condamnation internationale quasi unanime de Kigali pour violation des accords de Washington.
Officiellement annoncée comme une mission de travail à Luanda, la visite du chef de l’État congolais est en réalité le prélude à une réunion politique d’urgence prévue ce lundi 15 décembre. Autour de la table : Félix Tshisekedi, Paul Kagame et João Lourenço, ce dernier cumulant une double casquette — président en exercice de l’Union africaine et témoin clé des accords de Washington signés début décembre sous facilitation américaine.
Quelque 72 heures plus tôt, le chef de l’État congolais avait déjà pris les devants en dépêchant à Luanda un émissaire spécial, le ministre de l’Intégration régionale Anzuluni, porteur d’un message personnel adressé au président angolais, signe de l’importance que Kinshasa accorde à cette séquence diplomatique.
Uvira, le choc de trop
La tenue de ce sommet intervient alors que la situation militaire dans l’est de la RDC a franchi un seuil critique. La chute d’Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu et verrou géographique à proximité immédiate du Burundi, a agi comme un électrochoc diplomatique. À New York, au Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et bien d’autres pays ont, tour à tour, accusé le Rwanda de soutenir militairement le M23 et d’avoir torpillé les engagements pris à Washington.
Washington a parlé de « sabotage délibéré » des accords. Paris a exigé le retrait immédiat des forces rwandaises du territoire congolais. Londres a dénoncé une offensive « soutenue par les Forces de défense rwandaises » et appelé au respect strict de la résolution 2773. Et samedi dans la soirée, Marco Rubio, Secrétaire d’État américain, a annoncé sur son compte X que son pays prendra des mesures pour faire respecter les accords de paix signés par son Président, Donald Trump.
Rarement Kigali s’est retrouvé aussi isolé sur la scène internationale.C’est dans ce climat de pression maximale que s’ouvre la tripartite de Luanda.
João Lourenço, médiateur africain et garant international
Le choix de l’Angola n’est pas anodin. João Lourenço n’est pas seulement le facilitateur historique du processus de Luanda : il est aujourd’hui président de l’Union africaine et figure parmi les témoins politiques des accords de Washington. Un positionnement qui place l’Angola au cœur de l’architecture diplomatique censée encadrer la désescalade entre Kinshasa et Kigali.
Mais la médiation africaine a évolué. Si Luanda reste un pilier, la conduite opérationnelle du processus est désormais confiée au président togolais Faure Gnassingbé, dans un dispositif élargi intégrant Washington et Doha.
La tripartite de ce lundi apparaît ainsi comme un test de cohérence entre ces différentes pistes diplomatiques — africaine et internationale — à l’heure où les armes parlent plus fort que les signatures.
Des lignes rouges toujours infranchissables
Sur le fond, les positions restent profondément antagonistes. Kinshasa ne croit pas aux négociations directes avec le M23, qu’elle considère comme un instrument militaire de Kigali.
Kigali, de son côté, continue de présenter le M23 comme un problème interne congolais, niant toute implication directe, en dépit des rapports onusiens, des accusations occidentales et des preuves évoquées au Conseil de sécurité.
Cette divergence fondamentale constitue le principal verrou de la médiation.
Le spectre du rendez-vous manqué de 2024
Un précédent pèse lourdement sur cette rencontre. Le 15 décembre 2024, exactement un an plus tôt, Paul Kagame avait fait faux bond à Félix Tshisekedi et João Lourenço à Luanda, alors qu’un accord de paix devait être signé. Quelques semaines plus tard, il apparaissait que Kigali et Kinshasa s’étaient engagés dans une autre dynamique diplomatique — celle de Doha puis de Washington.
Ce souvenir nourrit aujourd’hui scepticisme et prudence. La question est désormais ouverte : cette tripartite sera-t-elle un sursaut diplomatique ou un nouvel épisode d’une paix sans cesse repoussée
Une équation à trois inconnues
Entre la pression internationale accrue, l’offensive militaire du M23, l’engagement affiché de Kinshasa en faveur de la diplomatie et la défiance persistante envers Kigali, la marge de manœuvre est étroite.
Pour Félix Tshisekedi, l’enjeu est clair : obtenir des engagements vérifiables, alignés sur les accords de Washington et la résolution 2773.
Pour João Lourenço, il s’agit de sauver la crédibilité de la médiation africaine.
Pour Paul Kagame, la rencontre se déroule sous l’ombre portée d’un isolement diplomatique croissant.
À Luanda, c’est moins une poignée de main qui est attendue qu’un signal politique fort. Faute de quoi, la tripartite pourrait rejoindre la longue liste des occasions manquées dans une crise qui, elle, ne marque aucune pause.
Jonas Eugène Kota

