RDC : Christophe Mboso, de nouveau le chemin du perchoir ?

Le jeu politique congolais réserve parfois des ironies dont lui seul a le secret. Alors que Vital Kamerhe, actuel président de l’Assemblée nationale, fait face à une fronde parlementaire qui pourrait aboutir à sa déchéance, un nom resurgit : Christophe Mboso Kodia Mpuanga. À 83 ans, le vétéran de la politique congolaise, deuxième vice-président de la Chambre basse, pourrait bien retrouver le chemin du perchoir.

Si la croisade contre Kamerhe va jusqu’au bout, en effet, Mboso pourrait d’abord reprendre du service en qualité de président du bureau d’âge, rôle dévolu au député le plus âgé, chargé de conduire les travaux de mise en place d’un nouveau bureau. Sauf surprise de dernière minute avec un élu plus âgé que lui, il tiendrait à nouveau les rênes de l’Assemblée au moins provisoirement. Mais l’homme, connu pour son flair politique et son goût pour les sommets du pouvoir, ne manquerait sans doute pas de se porter candidat à la succession, cette fois-ci de manière définitive.

Ainsi se répéterait l’histoire pour ce baroudeur. En janvier 2021, après la destitution de Jeanine Mabunda, Mboso avait déjà pris la tête du bureau d’âge avant d’être élu président du bureau définitif, fonction qu’il occupa jusqu’à la fin de la législature de 2019-2023. Fait rare : il avait procédé à une remise-reprise… avec lui-même.

Aux élections de 2023, malgré son âge avancé, il reprit du service comme président du bureau d’âge. Mais cette fois-là, au sein de l’Union sacrée, il dut s’incliner face aux primaires internes qui consacrèrent Vital Kamerhe. Une défaite amère qu’il n’a jamais digérée, multipliant par la suite des signes de frustration, parfois même en présence de Félix Tshisekedi, autorité morale de la coalition.

Originaire du Kwango, Christophe Mboso est l’un des plus anciens survivants de la vie politique nationale. Docteur en sciences politiques, il s’est lancé en politique dans les années 1970 sous le régime du maréchal Mobutu. Il occupa plusieurs fonctions administratives et politiques dans le Parti-État (MPR) – deux fois Commissaire d’État, avant de se repositionner à l’avènement du pluralisme dans les années 1990.

Député national depuis les débuts de la Troisième République et une fois ministre sous Joseph Kabila, il s’est construit une réputation d’homme de coulisses, patient et calculateur, toujours prêt à rebondir malgré les revers. Aujourd’hui encore, son âge ne semble pas entamer sa détermination. À plus de 80 ans, il demeure actif, charismatique et fin stratège, se targuant d’une mémoire institutionnelle qui fait de lui un « dinosaure » de la politique congolaise.

L’ironie du sort pourrait donc lui sourire : revenir à la présidence de l’Assemblée nationale en moins de cinq ans, après avoir été speaker, battu, puis de nouveau pressenti. Si les députés venaient à le reconduire, Mboso allongerait un palmarès déjà inédit dans l’histoire parlementaire du Congo. Dans les couloirs du Palais du Peuple, certains s’amusent déjà : « Mboso est un président qui se succède toujours à lui-même ».

Mais derrière la boutade se cache une réalité : en politique congolaise, rien n’est jamais définitivement perdu.

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