Doha, promesse fragile : Kinshasa et M23 au bord du blocage avant même l’accord de paix

Alors que la déclaration de principes signée le 19 juillet à Doha devait ouvrir la voie à un cessez-le-feu et à un accord de paix avant août, Kinshasa et le M23 campent sur des positions opposées. Entre retrait immédiat exigé par le gouvernement et maintien des zones stratégiques revendiqué par les rebelles, la médiation internationale s’annonce décisive.

Signée le 19 juillet à Doha, au Qatar, la déclaration de principes entre le gouvernement de la RDC et le mouvement rebelle M23/AFC visait à instaurer un cessez-le-feu avant le 29 juillet et à lancer des négociations formelles d’ici le 8 août, conformément au processus RDC–Rwanda déjà engagé à Washington. Mais, à peine l’encre sèche, les divergences entre les deux camps menacent de paralyser le processus.

Depuis le 20 juillet, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, martèle que la déclaration respecte les « lignes rouges » de Kinshasa : retrait immédiat et inconditionnel du M23 des zones occupées, retour rapide des institutions de l’État, et respect des droits des populations déplacées. Des mesures de confiance, comme la libération ciblée de prisonniers et le rétablissement de services publics, sont également mises en avant.

En face, le M23/AFC, lors d’une conférence à Goma le 25 juillet, refuse tout retrait immédiat, y compris de Goma et Bukavu. Bertrand Bisimwa et Lawrence Kanyuka défendent une mise en place progressive de l’appareil étatique, en partenariat avec leurs structures, et exigent la libération massive de leurs membres détenus ainsi que des garanties politiques sur leur avenir.

Des divergences explosives

Les points de blocage sont clairs :

Retrait et cessez-le-feu : Kinshasa exige un retrait total avant le 29 juillet, le M23 refuse tout départ immédiat.

Autorité étatique : retour intégral des institutions d’État pour le gouvernement, transition progressive pour les rebelles.

Mesures de confiance : libération sélective pour l’un, libération massive et reconnaissance politique pour l’autre.

Sans médiation forte et calendrier précis, l’accord risque de rester lettre morte, transformant la déclaration de Doha en simple trêve de façade.

Quelle sortie ?

Plusieurs pistes s’imposent pour éviter l’enlisement : création d’une commission tripartite de suivi (RDC, M23, garants internationaux), retrait progressif encadré des rebelles, mesures de confiance équilibrées, clarification du futur statut du M23, et implication ferme des médiateurs (USA, Qatar, ONU, UA) avec sanctions en cas de sabotage.

À défaut d’un tel mécanisme, la déclaration de Doha pourrait rapidement rejoindre la longue liste des initiatives de paix avortées dans l’Est congolais, où chaque espoir non tenu ne fait qu’alimenter un conflit sans fin.

JEK

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